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Mahalla, l'éternelle révoltée d'Egypte

La ville qui a déclenché la chute de Moubarak refuse de plier face au pouvoir des Frères musulmans.

Mahalla, c’est la ville des révoltes de 2008, révoltes ouvrière qui ont tourné politiques. C’est la ville de naissance du mouvement du 6 avril, qui tire son nom du 6 avril 2008, jour de sanglante répression policière. Le 6 Avril est considéré comme un mouvement révolutionnaire et Mahalla comme la pionnière du soulèvement de 2011. Mahalla c’est aussi la ville d’origine de l’auteur du livre à succès La Ronde des prétendants.

Mahalla, c'est la ville des révoltes de 2008, révoltes ouvrière qui ont tourné politiques. C'est la ville de naissance du mouvement du 6 avril, qui tire son nom du 6 avril 2008, jour de sanglante répression policière. Le 6 Avril est considéré comme un mouvement révolutionnaire et Mahalla comme la pionnière du soulèvement de 2011. Mahalla c'est aussi la ville d'origine de l'auteur du livre à succès La Ronde des prétendants. Bon, en fait c'était au départ un blog à succès, où une jeune femme à la plume acérée se moquait de l'obsession égyptienne du mariage. Mahalla, présenté comme ça, ça a l'air cool. Mais en fait, dit Ghada Abdel Aal, l'auteur en question, « il n'y a pas grand-chose en termes d'offre culturelle qui plaise aux jeunes. » 

 

Ghada Abdel Aal a participé à des conférences TedX en tant qu'oratrice, à Amsterdam par exemple. « J'attendais que quelqu'un fasse quelque chose pour les jeunes ici, et comme personne ne faisait rien, j'ai décide d'organiser quelque chose moi-même. »

Jeudi dernier dans la salle de théâtre/cinéma de Mahalla, c'était ambiance disco, avec de la musique à fond et des ballons, et des dizaines d'organisateurs, des étudiants d'une vingtaine d'années, heureux d'avoir participé à l'avènement d'un TedX à Mahalla.

 

Et ce n'était pas gagné d'avance. « Certes, après la révolution, » dit Ghada Abdel Aal,, « c'est un peu plus facile d'obtenir l'autorisation d'organiser quelque chose. Mais faire venir des gens ici ? » Mahalla a à plusieurs reprises déclaré son statut d'indépendance face à l'Etat, est bien connue pour son humeur rebelle, ses manifestations qui tournent - comme dans tant d'autres villes- en affrontements avec la police... Et le jour même de ce TedX, une vendetta entre deux familles, autour de la mort d'une jeune homme, venait de s'envenimer , on avait sorti les armes à feu dans la rue - et le périmètre était bouclé, mais toujours aucune trace de la police.

« J'ai contacté plein de monde pour leur demander de venir ici. Mais beaucoup ont eu peur et ne voulaient pas venir à Mahalla, sans compter ceux qui ne veulent pas quitter le Caire... »

 

Il y a des affrontements, de la violence tous les jours dans le pays-mais quoi ? On ne va pas cesser de vivre pour autant, en attendant que ça s'arrête - parce qui sait quand ça s'arrêtera ?

 

Ghada Abdel Aal a la license d'utilisation du nom TedX pour un an, et elle espère bien organiser d'autres conférences. « Les jeunes de Mahalla étaient enthousiastes, mais les gens plus âgés ici n'ont pas très bien compris de quoi il s'agissait. C'était difficile de persuader des sponsors aussi, ils demandaient en quoi c'était une bonne action... La prochaine fois ça sera plus simple. »

 

Tous les orateurs de la journée ont présenté leur rêve, de la révolution à la musique en passant par le journalisme et les réseaux sociaux, sans oublier la cohabitation pacifique entre les différentes confessions/opinions politiques.

 

Ahmed Ouda, un jeune homme responsable du marketing à Microsoft Egypt, disait ce jour-là : « Pour inventer, il faut avoir vu déjà pas mal de choses. On ne peut pas penser à partir de rien. »

 

TA Unit, un groupe de rap, Carmine Cartolano, un Italien installé depuis dix ans au Caire, et bien d'autres, se sont partagé la scène.

Une jeune femme s'est fait acclamer pour son travail de maquillage pour des films d'horreur -elle s'est fait connaître par facebook et les réseaux sociaux ! Encore une fois la force de facebook en Egypte... Quant aux réactions qu'elle a eu à affronter, ce n'était pas toujours très positif, parce qu'en tant que femme, pourquoi s'applique-t-elle à reproduire des horreurs ? Mais rien ne l'a fait renoncer.

Mohamed Tolba, fondateur de l'initiative des Salafio Costa, un groupe fondé par des salafistes ouverts d'esprit -si, preuve que ça existe- et partisans de la révolution, et qui cherche à faire se parler tous ceux qui à première vue ne peuvent pas se voir en peinture, disait ce jour-là à Mahalla :

J'ai passé plusieurs années au Soudan. Parfois on a besoin d'aller ailleurs pour voir ce qui ne va pas chez soi. J'ai un problème avec le racisme. J'ai un problème avec les gens qui ont peur des autres alors, ou parce qu'ils ne les connaissent pas. Les salafistes, c'est vrai, ils ont un peu tendance à rester ensemble (bon, on les y a un peu forcés aussi à vivre dans leurs ghettos pour salafistes), à se marier ensemble... Moi, mes filles, elles ne s'appellent pas Fatima ou Khadija, mais Maria et Serena, et je ne vois pas où est le problème.

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