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La dernière trouvaille des sbires du régime

Dans son édition du 8 juin, Maroc Hebdo, le magazine des basses besognes des services secrets et qui sent la naphtaline tant la concurrence est devenue rude dans le secteur de la presse jaune marocaine, se rappelle à mon bon souvenir.

Cette arrière salle des indics du Makhzen et de ses suppôts prétend que j'ai demandé, avec Zineb El Rhazoui, l'asile politique à la République Slovène.

Les gratte-papiers de Maroc Hebdo sont très mal renseignés, tout comme les apprenti-espions qui les rencardent. Zineb El Rhazoui est française de naissance et je suis titulaire d'un titre de séjour européen de longue durée. Dans notre situation, demander l'asile politique à un pays membre de l'Union Européenne serait un non-sens.

Nous n'avons pas seulement quitté le Maroc parce-qu'ailleurs, pour nous, l'herbe est plus verte. Nous l'avons fait comme tant d'autres esprits libres parce-que le Maroc est un Etat proto-mafieux, soumis à un régime féodal réfractaire à la démocratie et à la liberté d'expression.

A Ljubljana, Zineb et moi participons sous contrat au programme de PEN International et du réseau ICORN soutenu par l'Union Européenne et ce pour une durée de deux ans.

Ce programme consiste principalement à faire la promotion des écrits de ses affiliés, journalistes et écrivains, tous censurés dans leurs pays respectifs pour des raisons politiques. Il offre aussi à ses membres l'opportunité d'animer des cycles de conférences auprès de nombreuses instances internationales, publiques et privées, établies en Europe et ailleurs dans le monde.

Le fait que deux journalistes détenteurs de la nationalité marocaine soient invités dans un programme international qui accueille les pourfendeurs des pires dictatures de la planète fait assurément tâche pour le régime qui s'échigne à grands frais à claironner sa propagande. L'Etat sait que nous travaillons à la rendre inaudible, alors il ne trouve rien d'autre à faire que de lâcher ses molosses pour nous mordre aux mollets.

Ce n'est pas un hasard si la journaliste et militante tunisienne Sihem Bensedrine faisait partie du même programme jusqu'à la chute de Ben Ali. Pas de quoi rassurer le Makhzen en effet.

Le torchon de Mohamed Selhami explique notre présence en Slovénie faute d'avoir trouvé pitance en France. Tout le monde sait qu'à Paris, Zineb El Rhazoui couvre le Maroc et le monde arabe pour l'hebdomadaire Charlie Hebdo, journal interdit de parution au royaume de Mohammed VI. Pour ma part, en plus d'être édité par Calmann-Lévy à Paris (mes ouvrages sont censurés au Maroc), ce n'est un secret pour personne que je collabore au site français SlateAfrique du groupe Slate.fr, associé au Washington Post.

Cet épisode me conforte dans l'idée que mes amis Ahmed Benseddik, qui a retiré son allégeance au roi, et Mustapha Adib, qui a renié son rattachement administratif à son pays, ont furieusement raison.

Ali Amar