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La sécurité d’Etat (S.E) au Mali : Le règne de l’amateurisme ?

Il y a eu plus de journalistes persécutés, séquestrés,  et agressés au Mali au cours des dix derniers mois que pendant les vingt dernières années, soit deux décennies de démocratie. Bien vrai l'adage  selon laquelle, « quand on a une tête de marteau, on ne pense qu'aux clous » ! 

Les services de la sécurité d'Etat sont toujours pointés du doigt dans ces cas violations manifestes des libertés de la presse, voire de la liberté tout court. Si pour certains, ces interpellations se justifient par l'Etat d'exception en vigueur, il s'agit pour d'autres, d'ignobles  tentatives d'intimidation. La question ici, n'est pas de trancher; plutôt de mettre en exergue la méthode de nos limiers, si limiers, ils sont.

Au mois de Mai 2012, le Directeur de publication du Journal Le Prétoire, M. Birama Fall, était interpellé, tenez-vous bien, pour un papier qu'il n'avait pas encore publié et présumé relatif à l'existence d'un charnier.

«Minority Report» (rapport minoritaire), ca vous dit quelque chose ? C'est ce film d'anticipation hollywoodien ayant trait à une société du futur qui, à l'aide d'une technologie bien élaborée, établie sur la déduction et la conjonction d'éléments disparates, prévenait, détectait et réprimait  le crime avant son exécution. En clair, le «coupable», était identifié, arrêté et jugé pour un crime qu'il était sensé commettre dans les jours, mois ou années à venir. Mais le système avait une faille... Et il s'écroula un jour.

Le directeur de publication du «Prétoire»  n'aurait donc été qu'un coupable du rapport minoritaire (« Minority report») de la S.E malienne.  Il a été interpellé et gardé à vue plusieurs heures  durant pour un délit qu'il n'avait pas encore commis. Et quel délit ? L'existence d'un charnier ! Il existe donc un charnier ? Et patatras !

En clair, l'interpellation anticipée du journaliste n'aurait servi qu'à donner du crédit à l'existence d'un hypothétique charnier. Et ce n'est pas M. Fall qui l'a dit. Même en l'écrivant (s'il l'écrivait), il n'aurait certainement pas eu autant d'audience. En somme, si d'une part, la S.E est parvenue à dissuader la presse d'évoquer publiquement la question, elle a elle-même ouvert une brèche sur le sujet.

Début février 2013. Un article publié sur MALIWEB, accuse formellement les colonels Gamou, Mehdi et Sadou Diallo, le maire de Gao, d'avoir contribué à la libération de narcotrafiquants arrêtés par les armées française et malienne à Gao. Et tenez-vous bien : l'article était signé «service de sécurité malienne».

Interrogé le même jour sur la question à la faveur d'une conférence de presse, le ministre de la défense dira n'être au fait du dossier concerné. Quant à la DIRPA (Direction de l'Information et des Relations Publiques de l'Armée), elle démentira tout simplement « l'information». Et re-patatras !

La question n'est pas de juger de la gravité de l'accusation, mais plutôt de l'opportunité de la signature de l'article par «service de sécurité malienne».

Cas Boukary Daou : Il a été interpellé le mercredi 06 mars et séjournait encore au moment où nous mettions sous presse, dans les locaux de Sécurité d'Etat. Le communiqué émanant de  l'Association des Editeurs de Presse et l'Union Des Radios et Télévisions Libres du Mali est très clair : «les trois associations ont rencontré aussi bien le ministre de la Communication porte-parole du gouvernement que le Premier ministre, Chef du gouvernement qui, chacun, a promis de s'investir pour la libération rapide  de notre confrère depuis le jeudi 7 mars... Cependant, après trois jours de mise sous surveillance policière du siège du Républicain et les tentatives d'arrestation d'autres membres de la rédaction, les associations professionnelles patronales de la presse, après avoir épuisé tous les recours, en appellent à la sagesse et au sens élevé de l'Etat chez ceux qui se transforment en ennemis de la presse».

En clair, le Premier ministre et Chef du gouvernement ainsi que le ministre de communication avaient promis à ces associations faîtières d'obtenir la libération de M. Daou le jeudi 07 mars, soit 24 heures après son interpellation. Selon toute évidence, ils ne sont pas parvenus à faire plier les caïds  de la S.E.

Résumons : Sans être formellement inculpé par la justice, un journaliste est retenu depuis maintenant une semaine par la Sécurité d'Etat et nonobstant la demande de relax des autorités de la transition.

La question n'est donc pas de savoir qui contrôle au mieux la situation au Mali de nos jours (on le sait), mais plutôt, quelle image les forces armées  et de sécurité maliennes laissent-elles, une fois de plus, dans leurs sillages, elles qui, pourtant s'échinent à redorer leur blason aux yeux de l'opinion publique nationale et internationale ?

C'est le ministre  français de la défense  qui répond au mieux à cette interrogation. En visite au Mali, vendredi dernier, M. Jean-Yves Le Drian a tout simplement déclaré ceci à la presse : «La question principale, c’est d’abord de reconstituer l’armée malienne à la fois dans son recrutement et dans ses qualifications … La mission européenne permettra d’aider à cette reconstitution. L’armée malienne doit devenir robuste, une armée démocratique et une armée dans son rôle, c’est-à-dire sous l’autorité du pouvoir politique, une autorité qui sera de nouveau affirmée après l'élection présidentielle du mois de juillet».

En langage moins diplomatique, M Le Drian en appelle tout simplement à des forces de défense et de sécurité plus professionnelles et respectueuses des règles  démocratiques au Mali. L'invite n'est pas sans relent de blâme.

En définitive, les interventions intempestives et souvent musclées des journalistes ne rendent nullement service à l'Etat malien encore moins aux forces armées et de sécurité du pays. S'il est vrai que chaque malien est aujourd'hui soucieux de la stabilité du pays commun (nous n'avons qu'un Seul Mali), il importe pour les interpellateurs de changer de méthode. Celle forte est improductive. Elle n'a de mérite que de faire des martyrs et des icones,  donc des sources d'inspiration, et susciter colère et dépit chez les partenaires.

Les services de la sécurité d'un Etat à l'image du Mali de nos jours, se doivent d'être moins bruyants pour être efficaces. Les nôtres, hélas, font régulièrement la Une des journaux.

B. Diarrassouba

Mali Web

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