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En Tanzanie, les arrestations d'opposants assombrissent l'espoir d'un renouveau politique

Les arrestations d'opposants en Tanzanie assombrissent l'espoir d'un renouveau politique dans le pays, douchant les attentes de ceux qui pensaient que la politique de Samia Suluhu Hassan, au pouvoir depuis plus de quatre mois, incarnerait une fracture avec le passé.

Mais après l'interpellation récente d'un leader de l'opposition, accusé de "terrorisme", les critiques n'hésitent plus à utiliser le terme de "dictatrice" pour qualifier la première présidente de la Tanzanie. 

Mme Hassan, un pilier du parti au pouvoir, Chama Cha Mapinduzi, qui était la vice-présidente de John Magufuli, est devenue cheffe de l'Etat après la mort de ce dernier, en mars. 

Populaire pour sa lutte contre la corruption, ses projets d'infrastructure ou encore l'expansion de l'école gratuite, M. Magufuli se démarquait aussi par une politique autoritaire, particulièrement rude envers les médias, les critiques et, plus généralement, la liberté d'expression. 

Rapidement, Mme Hassan s'est, elle, tournée vers l'opposition, promettant de défendre libertés et démocratie. Elle a également remanié le gouvernement, nommant certains de ses alliés à des postes clés, mais sans évincer toutefois les soutiens historiques de Magufuli, notent des analystes. 

Sa prise de position la plus radicale à ce jour a été de rompre avec la politique covido-sceptique de son prédécesseur, qui minimisait l'importance du virus et appelait les Tanzaniens à lutter contre le virus par la prière. 

La semaine dernière, en direct à la télévision, Mme Hassan a reçu une première dose de vaccin, lançant personnellement la campagne de vaccination dans ce pays de 58 millions d'habitants. 

Mais des activistes et membres de l'opposition affirment que la présidente ne se démarque pas de M. Magufuli quand il s'agit de faire taire la dissidence. 

"Hassan utilise un très bon ton même lorsqu'elle dit les mêmes choses que son prédécesseur. Sa personnalité fait que cela semble différent", estime Abel Kinyondo, professeur à l'université de Dar es Salaam.

- "Guerre contre la démocratie" -

En juillet, la police a arrêté en pleine nuit plusieurs membres du parti d'opposition Chadema, dont son président Freeman Mbowe, qui prévoyait un rassemblement appelant à des réformes constitutionnelles.

Depuis, M. Mbowe, détenu à Dar es Salaam, a été accusé de "terrorisme financier" et de complot. 

Ces arrestations ont déclenché la colère dans les milieux de l'opposition ainsi que des critiques à l'étranger, notamment de la part des Etats-Unis. 

"Lorsque la présidente Samia Suluhu Hassan a pris ses fonctions, il y avait un espoir que le règne de terreur et la guerre contre la démocratie de Magufuli se terminent", a déclaré sur Twitter Tundu Lissu, qui fut le candidat de Chadema en 2020 avant de quitter le pays pour la Belgique, disant craindre pour sa vie. 

Mais ces arrestations ont "anéanti" cet espoir, a dit M. Lissu.

Chadema a appelé à des manifestations non-violentes jeudi, jour où M. Mbowe doit être à nouveau présenté devant la cour. Malgré les promesses de Mme Hassan, les rassemblements politiques ne sont toujours pas autorisés.

Pour Conor Vasey, analyste chez Eurasia Group, "l'appétit pour des réformes constitutionnelles et pour une opposition forte restent faibles" au sein du Chama Cha Mapinduzi.

- "Expérience aigre-douce" -

Ado Shaibu, secrétaire général de l'ACT Wazalendo, un autre parti d'opposition, décrit les premiers mois au pouvoir de Mme Hassan, comme une "expérience aigre-douce". 

"Il y a des réformes positives en cours (mais) des problèmes restent en souffrance", dit-il, soulignant le caractère incertain des promesses que fait la présidente. 

Kennedy Mmari, un analyste indépendant, note qu'en très peu de temps Mme Hassan est parvenue a resserrer les liens avec la communauté internationale et avec les pays voisins. Après des années de tensions, la présidente s'est ainsi récemment rendue au Kenya.

Sous sa coupe, la Tanzanie a également commencé à négocier avec le FMI une aide de 571 millions de dollars, afin de relancer une économie bousculée par l'épidémie de Covid. 

"Elle prend un autre chemin mais nous aurons besoin de plus de temps pour connaître véritablement (sa) direction", ajoute M. Mmari. 

Dans les rues de Dar es Salaam, cependant, les habitants sont plus préoccupés par leur survie que par l'empreinte de Mme Hassan sur la politique.  

"Elle améliore la liberté et le bonheur mais j'ai besoin d'argent pour acheter mon pain quotidien", insiste Cecilia John, une vendeuse de fruits du quartier de Buguruni.

AFP

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