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Enfants kidnappés au Nigeria: "Ma fille entend encore les coups de feu"

Assise sur son lit d'hôpital, le regard dans le vide, la petite Precious Joseph, 14 ans, se remet difficilement des 21 jours qu'elle a passés dans une forêt du nord-ouest du Nigeria, retenue en otage par un groupe criminel.

"Hier encore, marcher était un problème, parler était une épreuve, aujourd'hui lorsqu'elle s'assoit sur une chaise, elle se met à trembler", confie très émue sa mère, Esther Joseph, qui essuie à l'aide de son foulard les larmes coulant sur le visage de sa fille.

Dans la nuit du 4 au 5 juillet, Precious et une centaine de ses camarades ont été enlevés, emmenés et retenus de force dans la brousse par des hommes armés qui avaient attaqué son école, le lycée chrétien Bethel, situé dans l'Etat de Kaduna.

"Ma fille entend encore les coups de feu des ravisseurs. Quand ils étaient dans la brousse, ces hommes tiraient en l'air pour les effrayer", raconte Esther Joseph, qui relate le récit de sa fille, beaucoup trop choquée pour parler directement à la presse. 

Samedi soir, Precious et 27 autres adolescents ont été relâchés par les ravisseurs après le versement d'une rançon par leurs proches.

Avant de la libérer, les kidnappeurs ont demandé à Precious si elle avait des parents.

"La petite a dit que son père était mort", raconte sa mère, qui l'élève seule depuis le décès de son mari il y a plusieurs années. "Ils l'ont mise de côté avec les orphelins et les plus petits, et leur ont dit qu'ils pouvaient partir".

Ce n'est que dimanche que la jeune fille a retrouvé sa mère, qui l'a conduite lundi dans un hôpital de Kaduna pour y être soignée.

- Saison des pluies -

"Aujourd'hui encore, Precious est toujours effrayée, mais son état de santé s'est amélioré", lâche, soulagée, sa mère, qui n'a cependant "pas de quoi payer la facture de l'hôpital" et "appelle à l'aide".

Dans la chambre d'hôpital aux murs peints en vert, une infirmière vient changer la perfusion de la jeune fille, toujours très faible après trois semaines dans la brousse.

"Les enfants ont dormi dehors en pleine saison des pluies", explique le Dr Williams Ayet, qui vient vérifier l'état de Precious dans sa chambre.

"Ils ont été surexposés aux piqures de moustiques, mais par la grâce de Dieu, nous avons fait des tests, et jusqu'ici aucun n'a le choléra, certains ont le paludisme et la typhoïde, mais ils sont sous traitement", détaille le médecin de l'hôpital Wilbasun.

Durant la captivité, les enfants ont peu mangé, les ravisseurs avaient même demandé aux parents de leur fournir des vivres pour les nourrir. Ces derniers s'étaient exécutés, et avaient envoyé du riz, des haricots et de l'huile.

Mais plus de 80 adolescents sont toujours retenus en otage. Il n'était pas possible dans l'immédiat de confirmer si une nouvelle rançon allait être versée pour leur libération.

"Lorsque j'ai appris que ma fille avait été enlevée j'ai cru qu'elle ne reviendrait pas, j'avais perdu espoir", explique Esther Joseph, qui supplie le gouvernement d'aller chercher les enfants restant "dans la brousse".

Elle accuse les hauts responsables d'abandonner les familles à leur sort, pendant que leurs "enfants sont eux scolarisés à l'étranger".

Les autorités ont répété à plusieurs reprises qu'elles refusaient de payer des rançons pour éviter d'encourager la multiplication des attaques contre les écoles et universités. Depuis début décembre, plus de 1.000 jeunes gens ont été enlevés dans le nord-ouest et le centre du Nigeria.

AFP

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