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Ethiopie: trois régions vont envoyer des troupes au Tigré

Trois régions éthiopiennes vont déployer des troupes pour soutenir les opérations militaires menées par l'armée fédérale dans la région du Tigré, en proie à la guerre depuis plus de huit mois, ouvrant la porte à un possible élargissement du conflit.

Ces régions sont l'Oromia, la plus grande région d'Éthiopie, ainsi que le Sidama et la Région des Nations, nationalités et peuples du Sud (SNNPR).

"Les forces spéciales régionales d'Oromia et du Sidama se sont déplacées vers le front. Les forces spéciales du Sidama sont arrivées sur la ligne de front", a rapporté la chaîne Fana BC, ajoutant que les forces du SNNPR étaient également arrivées.

Aucune précision n'était disponible sur le nombre de troupes envoyées vers le Tigré. Un porte-parole militaire contacté par téléphone a refusé de répondre aux questions sur les opérations en cours.

Abiy Ahmed a envoyé l'armée fédérale au Tigré en novembre dernier pour destituer les autorités régionales, issues du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). Selon lui, cette opération répondait à des attaques contre des camps de l'armée fédérale ordonnées par le TPLF, parti qui a dominé le pouvoir éthiopien pendant trois décennies.

Le Premier ministre a proclamé la victoire fin novembre après la prise de la capitale régionale Mekele. Mais les combats ont persisté et les dirigeants du TPLF sont restés en fuite.

Le conflit a connu un tournant inattendu fin juin avec la reprise de Mekele par les forces pro-TPLF, forçant Abiy à déclarer un cessez-le-feu unilatéral et à retirer la plupart des troupes fédérales de la région.

- "Rester unis" -

Cette semaine, les rebelles, rebaptisés Forces de défense du Tigré (TDF), ont lancé une nouvelle offensive pour chasser les forces de la région voisine de l'Amhara de territoires disputés dans l'ouest et le sud du Tigré.

En réponse, les forces de sécurité et les milices amhara se sont mobilisées en masse, et un porte-parole de cette région, Gizachew Muluneh, a déclaré mercredi qu'elles allaient passer à l'"attaque" pour reprendre le terrain gagné dernièrement par les rebelles tigréens.

Cette déclaration est intervenue quelques heures après que le Premier ministre Abiy Ahmed, prix Nobel de la paix 2019, s'est engagé à "repousser" les attaques des ennemis de l'Éthiopie.

Des journalistes de l'AFP se sont rendus mercredi dans la ville d'Adi Arkay, près de la frontière entre l'Amhara et le Tigré, et ont vu des milliers de combattants d'une milice amhara mobilisés, attendant l'ordre d'avancer.

Le président de la région Oromia, Shimeles Abdisa, a déclaré jeudi lors d'une conférence de presse que les dirigeants tigréens voulaient "déstabiliser" l'ensemble du pays.

"Nous condamnons dans les termes les plus forts ceux qui s'emploient à ramener à la vie ce groupe terroriste (le TPLF, ndlr). Nous devons rester unis pour faire tout ce qu'il faut pour le neutraliser", a déclaré Shimeles.

- "Ils mourront de faim" -

Le parti d'Abiy Ahmed a remporté une écrasante victoire lors des élections de juin, lui ouvrant la voie à un mandat de cinq ans.

Mais le conflit dévastateur au Tigré, qui a fait des milliers de morts et des millions de déplacés, a terni son image de jeune dirigeant réformateur et de prix Nobel de la paix.

Les puissances occidentales demandent un large accès à la région pour y acheminer de l'aide et éviter une catastrophe humanitaire. Selon l'ONU, plus de 400.000 personnes ont "franchi le seuil de la famine" au Tigré.

Un convoi de 50 camions du Programme alimentaire mondial, transportant 900 tonnes d'aide, est arrivé lundi à Mekele.

Mais cela "représente seulement 1% de la nourriture nécessaire pour le mois", a déclaré jeudi sur Twitter Samantha Power, directrice de l'Agence américaine d'aide internationale (USAid): "Les Éthiopiens mourront de faim si davantage de convois ne sont pas autorisés, et plus rapidement".

Abiy Ahmed a rappelé dans un communiqué mercredi que le cessez-le-feu unilatéral visait à faciliter l'accès humanitaire. Il a déploré que les dirigeants tigréens - qu'il appelle "la junte" - n'aient pas tenu compte de cet appel.

"Quand elle était dans des grottes, la junte criait +Notre peuple va mourir de faim+. Mais quand un cessez-le-feu est déclaré, elle abandonne son agenda sur la faim et se met à battre les tambours de la guerre", a-t-il déclaré.

- Accusations contre les humanitaires - 

Jeudi, le porte-parole de la cellule gouvernementale sur le conflit au Tigré, Redwan Hussein, a accusé certaines organisations humanitaires d'"armer l'autre côté", sans toutefois fournir d'exemples, ni de preuves.

Si de telles activités se poursuivaient, le gouvernement "forcera certaines d'entre elles à quitter le pays", a-t-il affirmé.

Les autorités éthiopiennes sont sous le feu des critiques concernant des pressions sur les médias. 

Lundi, l'ONG Reporters sans frontières a appelé à la libération immédiate de 12 journalistes arrêtés lors d'une vague d'arrestations dans la capitale éthiopienne Addis Abeba.

La Commission éthiopienne des droits de l'homme, organisme indépendant mais rattaché au gouvernement, a déclaré jeudi qu'elle surveillait les informations faisant état d'arrestations ainsi que de "la fermeture d'entreprises et d'autres types de harcèlement ciblant les Tigréens dans certaines parties du pays, notamment Addis Abeba".

Jeudi, le Addis Standard, un important média en ligne indépendant, a annoncé sur Twitter qu'il "suspendait (ses) activités" après que l'Autorité éthiopienne des médias a révoqué sa licence.

AFP

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