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Afrique du Sud: quand des justiciers font leur loi face aux pillards

Bâtons, fusils et barres de fer: des riverains ont patrouillé ces derniers jours autour de Johannesburg et dans un township de Durban (Est), pour éviter de nouveaux pillages, infligeant une nouvelle forme de violence à l'Afrique du Sud déjà bien agitée ces derniers jours.

La police, faible en effectifs et habituée à s'appuyer sur des compagnies de sécurité privée, notamment la nuit à Johannesburg, s'est trouvée démunie quand les pillages et incendies ont commencé la semaine dernière dans le Kwazulu-Natal (KZN, Est) avant de s'étendre à la capitale économique.

Au point où le président a mobilisé l'armée, avec déjà 5.000 hommes sur le terrain mais ce nombre pourrait monter, dans les prochains jours, jusqu'à 25.000, a annoncé la ministre de la Défense.

Entre temps, des Sud-Africains, peu confiants dans la capacité de protection des forces de l'ordre visiblement dépassées, prennent leur sécurité en mains dans ce pays où beaucoup possèdent des armes à feu, donnant lieu à toutes sortes de dérapages localisés.

Ces derniers jours, plusieurs incidents ont mis aux prises ces justiciers auto-proclamés à des pillards présumés.

A Phoenix, un township au nord-ouest de Durban, au moins 15 personnes ont été tuées depuis le début de la semaine et la situation reste très tendue, selon le ministre de la Police, qui a porté jeudi le bilan à 67 morts dans la seule province du KZN, sans donner de bilan actualisé pour le pays.

Selon le ministre, Bheki Cele, qui s'est rendu sur place, des "tensions raciales" sont à l'origine des troubles, liés à des groupes cherchant à "protéger leur quartier des pillards".

Témoins et internautes évoquent des violences de la communauté d'origine indienne contre la population noire. Le mot-dièse #PhoenixMassacre a fait son apparition sur Twitter.

- Passages à tabac -

Des vidéos d'une grande violence, devenues virales sur les réseaux sociaux, montrent des hommes d'origine indienne, armés de bâtons frapper violemment des jeunes hommes noirs à terre. Sur un trottoir, l'un de ces derniers, avec des plaies béantes au bras et dans le dos, semblait gravement blessé.

"Quand il y a autant de sociétés de sécurité privée et d'armes qui circulent, qui a le contrôle quand le pays s'enflamme?", interroge l'analyste politique Xobani Dube, qui décrit une police et une armée mal équipées.

Mercredi, dans le centre commercial Chris Hani à Vosloorus, une trentaine de km au sud de Johannesburg, l'AFP a assisté à de violents passages à tabac. Une dizaine de riverains se sont frayés un chemin dans l'après-midi à travers les débris du centre commercial, traînant vers l'extérieur des pillards présumés.

Dans un fracas de cris et de coups de feu en l'air, ils ont battu leurs prisonniers. L'un d'entre eux a tenté de s'échapper mais l'un des tourmenteurs lui a alors fracassé une bouteille de bière sur le crâne et l'a traîné, le sang de sa plaie coulant dans sa nuque.

Policiers et militaires qui sont restés près de l'entrée principale du parking ont ensuite récupéré une partie des suspects menottés.

Ce type de scène inquiète les autorités, qui ont mis en garde contre les risques de cette justice populaire qui ajoute aux violences.

À Pietermaritzburg, capitale du KZN, des bénévoles armés de fusil ou de battes de baseball se relaient pour surveiller les quartiers résidentiels et les centres commerciaux, racontent des témoins.

Un habitant, Bernie Naidoo, 43 ans, raconte à l'AFP comment les riverains reconnaissants distribuent nourriture et café à leurs "protecteurs".

"Si tout le monde prend les armes, nous risquons de voir des éléments indisciplinés détourner les nobles efforts de la communauté", a déclaré le ministre de la présidence par intérim, Khumbudzo Ntshavheni, lors d'un point de presse mercredi, exhortant les citoyens à collaborer avec les forces de l'ordre.

AFP

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