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Eswatini: 27 morts dans la répression

Le royaume d'Eswatini a reconnu mercredi la mort de 27 personnes, tuées dans une violente répression à huis clos des manifestations contre la monarchie qui ont secoué le régime.

Dans le petit pays pauvre et enclavé d'Afrique australe, anciennement appelé Swaziland, où le roi nomme les ministres, contrôle le Parlement et où les partis politiques sont interdits depuis près de 50 ans, les contestations sont rares.

Mais depuis quelques semaines, des centaines de jeunes se révoltent et réclament, dans la rue, la démocratie et le droit de choisir qui les gouverne. En réponse, le royaume a imposé un couvre-feu, déployé l'armée et limité l'accès à internet. Les 1,3 million d'habitants ont été placés sous une chape de plomb.

Le mouvement qui couvait depuis un moment est monté en puissance la semaine dernière. Des manifestants en colère ont pillé et brûlé des magasins, ciblant des propriétés appartenant à l'intransigeant roi Mswati III.

Contre les tirs à balles réelles de la police, ils ont répliqué avec des jets de pierre. "Malheureusement, oui, 27 personnes ont perdu la vie", a déclaré à l'AFP le ministre du Commerce Manqoba Khumalo dans un entretien téléphonique, précisant que la plupart des décès remontaient à la semaine dernière. 

"La force a dû être utilisée et dans certains cas, des coups de feu ont dû être échangés et il y a eu des victimes", a-t-il poursuivi.

Jusque-là, le gouvernement avait déclaré ne pas avoir reçu de rapport officiel sur les décès de manifestants. Des membres du Parlement avaient eux déjà évoqué 60 morts et 200 blessés.

L'ONG Amnesty International avait de son côté décompté au moins 20 morts, six disparus et quelque 150 blessés notamment par balles. 

- Roi "préoccupé" -

M. Khumalo a assuré qu'une enquête serait ouverte: "Si nous trouvons des preuves que la police ou même l'armée s'en est prise à des civils qui n'étaient pas impliqués dans une activité criminelle, cela fera l'objet d'une enquête et les mesures appropriées seront prises".

Il a aussi dit le roi "très préoccupé" par la mort de civils ainsi que par les pertes économiques. Selon le gouvernement, les destructions lors des manifestations représentent une perte de 178 millions d'euros et près de 5.000 personnes ont perdu leur moyen de subsistance. 

Ces derniers jours, un calme précaire, sous étroite surveillance, est retombé sur le petit royaume. Grâce à la présence de l'armée, s'est félicité cette semaine le gouvernement.

L'ONU, l'Afrique du Sud, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis ont appelé le pays à la "retenue" et dénoncé un "usage disproportionné de la force". Une mission d'enquête y a été envoyée par l'organisation régionale, la SADC (Communauté de développement de l'Afrique australe, 16 pays).

Deux journalistes sud-africains couvrant la contestation ont été "détenus" et "torturés" dimanche par des forces de sécurité, menacés avec une arme, leurs têtes enserrées dans un sac en plastique, a dénoncé leur employeur New Frame.

Les manifestations ont commencé en mai après la mort d'un étudiant de 25 ans, vraisemblablement aux mains de la police. 

Couronné en 1986 à l'âge de 18 ans, Mswati III, qui a 15 épouses et plus de 25 enfants, est décrié pour sa poigne de fer et son train de vie fastueux dans un pays dont les deux tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté.

AFP

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