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Ethiopie: le gouvernement dément vouloir "asphyxier" le Tigré

Le gouvernement éthiopien a rejeté vendredi les accusations affirmant qu'il prévoyait de bloquer l'aide humanitaire vers le Tigré, région du nord du pays en guerre depuis huit mois et passée cette semaine sous le contrôle des forces loyales aux anciennes autorités locales.

Des ONG et le Programme alimentaire mondial (PAM) ont fait état depuis jeudi de la destruction de deux ponts cruciaux pour l'acheminement d'aide au Tigré, mettant en garde contre les dangers posés à la population qui vit dans certaines zones dans des conditions de famine.

"L'insinuation selon laquelle nous prévoyons d'asphyxier le peuple tigréen en refusant l'accès humanitaire et en utilisant la faim comme une arme de guerre est inadmissible", a déclaré le vice-Premier ministre éthiopien Demeke Mekonnen à des diplomates réunis dans un hôtel de la capitale Addis Abeba.

Les autorités "utilisent chaque once de (leurs) forces pour sortir" les civils tigréens "de la situation désastreuse dans laquelle ils se trouvent", a-t-il ajouté.

Le Conseil de sécurité de l'ONU doit tenir vendredi sa première réunion publique sur la situation au Tigré.

Ce conflit a connu un tournant majeur lundi avec la prise de la capitale régionale Mekele par les forces loyales aux autorités régionales dissidentes, issues du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF).

Le Premier ministre Abiy Ahmed, prix Nobel de la paix 2019, avait envoyé l'armée au Tigré début novembre 2020 pour capturer les dirigeants du TPLF, qu'il accusait d'avoir orchestré des attaques contre des bases militaires fédérales.

- "Des vies seront perdues" -

M. Abiy a proclamé la victoire après la prise de Mekele le 28 novembre, mais les combats n'ont jamais cessé entre les forces pro-TPLF et l'armée éthiopienne, épaulée par des troupes des autorités régionales voisines de l'Amhara et l'armée de l'Erythrée.

La guerre a plongé la région dans une situation humanitaire dramatique.

Les États-Unis estiment que 900.000 civils sont "probablement déjà en situation de famine".

Selon le PAM, 5,2 millions de personnes, soit 91% de la population du Tigré, ont besoin d'une aide alimentaire d'urgence. L'agence onusienne a indiqué vendredi avoir repris ses opérations d'aide après une pause de deux jours, espérant atteindre 30.000 personnes "d'ici le week-end".

Mais elle a déploré que deux ponts majeurs menant au Tigré aient été détruits, affirmant que "des vies seront perdues si les routes d'approvisionnement vers le Tigré ne s'ouvrent pas complètement et si les parties prenantes au conflit continuent de perturber ou de mettre en danger la libre circulation" de l'aide.

Selon l'ONU, le pont aurait été "apparemment" détruit par les forces amhara. Le gouvernement fédéral accuse les forces tigréennes.

Dans ses discussions avec les diplomates, M. Demeke a répété que le cessez-le-feu avait été décrété pour permettre la distribution d'aide humanitaire et le travail des cultures.

Mais avec l'électricité et les télécommunications coupées, les vols suspendus et la plupart des routes de la région désormais impraticables, responsables onusiens et diplomates craignent que la situation n'empire.

- Dialogue ? -

"Un cessez-le-feu ne signifie pas couper l'électricité d'une région ou détruire des infrastructures cruciales", a déclaré vendredi le chef de la diplomatie de l'UE, Josep Borrell, sur Twitter. "Un cessez-le-feu crédible signifie faire tout son possible pour que l'aide parvienne aux millions d'enfants, de femmes et d'hommes qui en ont un besoin urgent".

Dans un communiqué, le gouvernement tigréen d'avant-guerre a affirmé soutenir l'ONU et les organisations "travaillant pour fournir une assistance vitale" aux Tigréens. "Nous restons déterminés à faciliter l'accès humanitaire et à soutenir nos partenaires", a-t-il assuré.

Face aux diplomates, Demeke a également déclaré qu'après les élections nationales du 21 juin, qui devraient donner à Abiy un nouveau mandat, le gouvernement se préparait à un "dialogue inclusif pour résoudre la crise du Tigré".

"Ce processus devrait impliquer les partis d'opposition légaux, les membres de la base du TPLF qui se montrent prêts à choisir une voie pacifique, le monde des affaires, les organisations de la société civile, les anciens et d'autres personnalités éminentes", a-t-il déclaré.

Mais les dirigeants éthiopiens ont toutefois indiqué que des discussions avec les dirigeants du TPLF étaient exclues.

En mai, le parlement a classé le TPLF - qui a longtemps dominé la vie politique éthiopienne - comme une organisation terroriste.

M. Demeke, ainsi que le porte-parole de la cellule de crise gouvernementale pour le Tigré, Redwan Hussein, ont affirmé qu'Addis Abeba souhaitait voir sanctionnés pour leurs "responsabilités" les dirigeants du TPLF. "Les actions du TPLF doivent être condamnées", selon trois participants à cette réunion, citant Redwan Hussein.

Mais certains membres du TPLF sont "innocents" et pourraient être inclus dans les futures discussions, a estimé M. Demeke, selon ces diplomates.

AFP

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