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Covid-19: sur le marché de Kampala, les vendeurs obligés de dormir entre les étals

Lorsque vient le crépuscule, les vendeurs du plus grand marché de Kampala, la capitale ougandaise, se préparent à passer une énième nuit, longue et froide, couchés entre les étals de fruits et légumes. Ils ont interdiction de rentrer chez eux.

En vertu d'un confinement de 42 jours annoncé le 18 juin pour lutter contre une propagation record des cas de coronavirus, les commerçants du marché de Nakasero ont été autorisés à continuer leur activité, mais à condition d'y rester jour et nuit.

Le gouvernement a distribué des moustiquaires, de l'eau potable et du savon à quelque 600 vendeurs confinés dans les allées exiguës du marché.

Le confort est une denrée rare et l'espace un luxe dans cet endroit qui n'a été ni conçu, ni équipé pour un tel usage.

La nuit venue, les plus privilégiés parviennent à trouver un coin à eux, entre les montagnes de produits frais et les cages à poules. L'air est moite et rance, mais ceux-là, au moins, ont un toit au-dessus de leur tête.

Les moins chanceux sont contraints de dormir à l'air libre, recroquevillés sur plusieurs couches de cartons ou de toiles de jute, tandis que la température chute à mesure que la nuit s'installe dans cette ville située à plus de 1.000 mètres d'altitude.

- Matelas et moustiquaire -

"Je dors sur un matelas, et quelques pans de carton. Avec ma moustiquaire. C'est tout", affirme Abu Kikomeko, un étudiant de 23 ans qui travaille sur le stand de légumes de sa tante.

La moustiquaire est un plus, mais la chaleur de son lit lui manque.

"Ce n'est pas comme à la maison (où) je peux fermer la porte (...). Au marché, un espace ouvert, bien sûr on sent le froid autour de nous", ajoute-t-il.

Dans ce pays d'Afrique de l'Est jusqu'ici relativement épargné par la pandémie, les cas de Covid-19 ont bondi de moins de quelques centaines par jour fin mai à plus de 1.700 à la mi-juin.

Face au rebond du virus, le président Yoweri Museveni a annoncé mi-juin que les hôpitaux étaient pleins, incapables de faire face à l'afflux de nouveaux patients.

Il a interdit tous les transports publics et privés, et imposé dans ce pays de 45 millions d'habitants un couvre-feu strict en plus d'un confinement de six semaines.

- "La vie a changé" -

Deux semaines seulement ont passé et Gladys Kyabangi Sebuyira, la tante d'Abu Kikomeko, regrette sa vie d'avant.

"La vie a changé. Parce que je ne suis pas à la maison, tout est plus difficile. Se laver, vous savez pour les femmes, c'est assez compliqué. Laver ses affaires... La façon dont on dort... Les choses ne sont pas faciles", déplore cette vendeuse de 47 ans, tout en cherchant à s'installer pour la nuit avec sa fille de 21 ans.

Interrogé par l'AFP, le vice-président du marché de Nakasero, Sentoongo Mansoor, affirme que les commerçants sont durement touchés par le confinement.

Les trois-quarts des vendeurs, assure-t-il, sont rentrés chez eux et ceux qui restent vivent des heures difficiles en tentant de gagner leur vie.

Linet Okoth, une autre vendeuse, raconte qu'en plus de l'inconfort, l'activité s'est effondrée. Des camions continuent de livrer des denrées récoltées aux quatre coins du pays, mais les clients sont rares.

"Nous n'avons plus de clients. Ils ne viennent pas pour acheter, parce qu'ils ont peur de venir ici en raison du Covid-19", regrette cette femme de 41 ans.

AFP

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