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Sénégal: les députés renforcent les lois "antiterroristes", des manifestants arrêtés

Les députés sénégalais ont adopté vendredi de nouvelles lois renforçant la lutte contre le "terrorisme", jugées "liberticides" par l'opposition et des organisations de la société civile dont plusieurs partisants ont été arrêtés lors d'incidents à Dakar.

Les deux projets de loi examinés ont été approuvés par 70 députés présents alors que 11 ont voté contre, a déclaré le président de l'Assemblée nationale Moustapha Niasse. Le nombre de députés présents, sur les 165 de l'Assemblée, n'a pas été communiqué.

Douze personnes qui manifestaient contre ces textes ont été arrêtées vendredi par les forces de l'ordre, a annoncé le Mouvement pour la défense de la démocratie (MDD), une coalition de partis et d'organisations de la société civile, qui "condamne fermement (ce) kidnapping de ces militants et exige leur libération immédiate".

Des véhicules de la police et de la gendarmerie étaient stationnés en plusieurs points du centre de Dakar lors de l'examen des textes marqué par des débats houleux, selon des images des médias locaux et sur les réseaux sociaux.

Des députés ont échangé des invectives en pleine séance. Le principal opposant Ousmane Sonko et un de ses collègues du pouvoir ont dit s'être battus dans le hall de l'Assemblée nationale, selon leurs déclarations différentes sur les réseaux sociaux.

Faute d'avoir pu accéder au siège de l'Assemblée, des manifestants se sont repliés sur la place de la Nation, dans le quartier populaire de Colobane. Des protestations d'étudiants ont également eu lieu à l'Université de Dakar.

M. Sonko avait qualifié jeudi soir les nouveaux textes de "liberticides".

Les nouveaux textes modifient le Code pénal et le Code de procédure pénale pour "renforcer la lutte contre le terrorisme", a déclaré à l'AFP le président du groupe parlementaire de la majorité, Aymérou Gningue. 

Ils visent "à lutter de manière efficace et sous toutes ses formes contre le terrorisme. (Les opposants) sont encore dans la désinformation systématique", a-t-il ajouté.

"Malgré la panoplie d'incriminations prises en compte dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et son financement", les textes ne prévoient "pas toujours entièrement certaines problématiques", écrit le gouvernement dans un texte transmis vendredi à l'AFP.

Pour mieux lutter contre "certaines infractions commises en bandes organisées et toute autre forme d'économie parallèle, il convient d'élargir la palette des infractions de financement du terrorisme (et) de donner une vocation plus englobante de l'infraction d'association de malfaiteurs", selon le texte.

Une disposition du Code pénal révisé est particulièrement décriée par le MDD. Elle assimile à des "actes de terrorisme punis de la réclusion criminelle à perpétuité" des faits "commis intentionnellement en relation avec une entreprise individuelle ou collective ayant pour but d'intimider une population" et "de troubler gravement l'ordre public".

Défendant ces textes devant les députés, le ministre de la Justice, Malick Sall, a exprimé son "étonnement" face à ces protestations.

L'article 279 "a été déjà voté par votre Assemblée le 28 octobre 2016. Il n'est nullement concerné par les deux textes soumis à votre appréciation", a-t-il dit. Les nouveautés concernent, selon lui, des dispositions sur "le blanchiment des capitaux, le financement du terrorisme et la piraterie maritime".

L'enjeu des nouveaux textes est que "le président Macky Sall veut briguer un troisième mandat et veut mettre des garde-fous" pour empêcher les gens de manifester, a déclaré l'opposant et député Toussaint Manga.

M. Sall, réélu en 2019, entretient le flou sur ses intentions pour 2024.

Epargné par les attaques jihadistes qui ont touché plusieurs de ses voisins, le Sénégal a renforcé la sécurité dans les lieux publics après les attentats qui ont touché depuis 2016 le Burkina Faso et la Côte d'Ivoire.

Les tribunaux sénégalais ont prononcé ces dernières années plusieurs condamnations pour des faits liés au "terrorisme". 

AFP

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