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Liberia: l'ex-chef de guerre Prince Johnson porté

La diplomatie américaine a condamné dans un communiqué rare et vigoureux l'élection de l'ex-chef de milice Prince Johnson à un éminent poste parlementaire au Liberia, en plein regain des querelles sur la responsabilité des crimes de la guerre civile.

Prince Johnson, une figure de la première guerre civile (1989-1997) devenue sénateur et ancien candidat à la présidentielle, a été élu mardi à la présidence de la commission de Défense du Sénat, à la suite des élections sénatoriales de mi-mandat en décembre.

Son élection a eu lieu en pleine résurgence du débat sur l'établissement d'un tribunal pour les crimes commis lors des deux guerres civiles (1989-1997 et 1999-2003) et sur son implication dans la première.

Le Liberia n'a encore engagé de poursuites contre aucun des auteurs présumés des atrocités commises alors, malgré les pressions continues exercées par la société civile, y compris sur l'actuel président George Weah.

Ces guerres ont été caractérisées par une litanie d'exactions imputables à toutes les parties: massacres de civils, tortures, viols, enrôlement d'enfants soldats. Elles ont fait environ 250.000 morts et mis à genoux le pays, l'un des plus pauvres de la planète, ravagé une dizaine d'années plus tard par l'épidémie d'Ebola en Afrique de l'Ouest (2014-2016 au Liberia). 

Prince Johnson, devenu prédicateur évangélique, âgé de 68 ans, est l'un des acteurs primordiaux de la première guerre. Une vidéo le montre en train de savourer une bière pendant que ses hommes torturent à mort le président Samuel Doe en 1990. Il est accusé de la mort de centaines de civils.

- "Qu'ils viennent !" -

L'ambassade des Etats-Unis, pays aux liens forts avec le Liberia, a publié mercredi soir un communiqué dans lequel elle "condamne fortement l'élection du tristement célèbre chef de guerre Prince Y. Johnson".

"Les violations grossières des droits humains commises par le sénateur Johnson pendant les guerres civiles du Liberia font l'objet d'une documentation abondante; les efforts qu'il a déployés sans discontinuer pour ne pas avoir à rendre des comptes, remplir ses propres caisses et semer la division sont aussi bien connus", dit-elle.

Prince Johnson et le Sénat n'ont pas fait de commentaire.

Prince Johnson a toujours réagi avec véhémence à l'évocation d'un tribunal spécial.

"Qu'ils viennent, avec leur tribunal pour les crimes de guerre, on pourra tous y aller et s'expliquer. Je ne faisais que défendre mon peuple assassiné par les soldats de Samuel Doe", disait-il en début de semaine.

Prince Johnson est l'un des huit chefs de guerre dont une Commission vérité et réconciliation installée en 2006 préconisait en 2009 qu'ils soient jugés par un tribunal spécial.

La mise en oeuvre de ces recommandations se fait toujours attendre.

En 2005, Prince Johnson, juste revenu de douze années d'exil au Nigeria, s'est fait élire sénateur du comté de Nimba (Nord). Il a déjà officié à la tête de la commission de Défense, sous la présidence d'Ellen Johnson Sirleaf (2006-2018).

- Juridiction universelle -

Arrivé troisième au premier tour de la présidentielle de 2011, il avait apporté son soutien à Mme Sirleaf pour sa réélection. Il voyait en elle un écran entre un tribunal et lui, la commission ayant prôné qu'elle soit exclue de tout poste officiel pendant 30 ans pour avoir soutenu financièrement la guerre civile.

"Je ne veux pas aller à La Haye", où siège la Cour pénale internationale (CPI), disait-il.

Prince Johnson, arrivé quatrième au premier tour de la présidentielle en 2017, s'était rallié à George Weah, futur vainqueur.

Ce dernier a par le passé appelé à la création d'un tribunal. Mais aucune avancée n'a été réalisée à ce jour. D'autres personnalités montrées du doigt par la Commission vérité continuent à occuper de hautes positions.

Les quelques individus jugés l'ont été par les justices d'autres pays. 

Le Liberia vient d'accueillir sur son sol des audiences d'un procès contre un ancien rebelle sierra-léonais. Mais il s'agissait d'une procédure de la justice finlandaise.

L'ancien chef de guerre libérien devenu président Charles Taylor a bien été condamné en 2012 à 50 ans de prison par un tribunal spécial siégeant à La Haye, mais pour des crimes contre l'humanité et crimes de guerre commis en Sierra Leone voisine.

Le débat persiste au Liberia. Il a été ravivé depuis quelques jours par des déclarations de parlementaires, dont celles du sénateur Abraham Darius Dillion. Il réclamait l'instauration d'un tel tribunal qui serait aussi compétent pour les crimes économiques, lors d'un débat sur la gestion des fonds destinés à combattre le Covid-19.

AFP

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