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Au Soudan, des voyageurs stoppés en bord de route pour partager l'iftar

Peu après la prière du crépuscule, des villageois des environs de Khartoum déroulent des tapis en bord d'autoroute avant d'arrêter conducteurs et voyageurs pour partager, malgré les difficultés économiques, le repas d'iftar, rompant ensemble le jeûne musulman en ce mois de ramadan.

"C'est une coutume que nous tenons de nos grands-parents qui ont commencé à inviter les voyageurs à partager leur repas d'iftar après la construction de cette route dans les années 1960", explique à l'AFP Aboulmaali Mohamed Ibrahim, l'un des villageois de Nuba, à une cinquantaine de km au sud de Khartoum.

Dans ce village, des habitants s'affairent à bloquer l'autoroute de l'Etat d'Al-Jazirah, arrêtant les voitures et les bus et invitant leurs occupants à les rejoindre pour la rupture du jeûne. 

Jus de fruits frais, boisson locale à base de gingembre et cannelle, divers plats traditionnels et des dates les attendent, disposés sur des plateaux à même le sol, près de tapis où ils peuvent s'asseoir. 

Comme beaucoup de Soudanais, en pleine crise économique, Aboulmaali Mohamed Ibrahima du mal à joindre les deux bouts. La destitution de l'autocrate Omar el-Béchir en avril 2019 sous la pression de la rue n'a pas amélioré le quotidien.

Les pénuries de biens essentiels et les hausses de prix restent problématiques, souligne-t-il.

En mars, le taux d'inflation au Soudan a atteint les 330% et les Soudanais font la queue pendant des heures pour acheter des denrées alimentaires ou faire le plein d'essence.

En outre, les coupures d'électricité sont fréquentes et les bonbonnes de gaz souvent difficiles à trouver.

- "Tout ce que nous avons" -

Le gouvernement de transition qui s'est installé après la chute de Béchir a entrepris des réformes économiques drastiques pour reconstruire l'économie. 

Ainsi, les subventions étatiques sur les carburants et autres produits ont été diminuées, au risque de créer un mécontentement social.

Malgré les défis de la vie quotidienne, M. Ibrahim, enseignant, tient à partager son repas d'iftar en ce mois de ramadan qui a débuté le 13 avril.

"Nous apportons tout ce que nous avons à la table de l'iftar, si peu que ce soit", dit-il.

Selon Mudather Saad, un autre villageois, entre 150 et 200 voyageurs sont invités chaque jour à partager l'iftar. 

Omar Hussein, le conducteur d'un bus transportant une soixantaine de personnes, a l'habitude de venir rompre le jeûne à Nuba. 

"Je n'ai jamais peur de manquer l'iftar", affirme-t-il. "Je suis toujours certain que quelqu'un nous offrira quelque chose sur la route." 

AFP

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