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Editorial de Sidwaya : Ces pièges aux maires

Les communes du Burkina Faso élisent les unes après les autres leurs maires. Les heureux élus jubilent tandis que leurs adversaires brûlent parfois de rage. Ainsi fonctionne la démocratie, le pouvoir du peuple par le peuple. Il y aura toujours des gagnants et des perdants tant que seront organisées des élections.

En attendant que les nouveaux conseils municipaux se mettent en marche, il sied de leur rappeler ce pour quoi ils ont été élus. La défense de l'intérêt général par l'ensemble du conseil municipal, à commencer par le maire, doit être le leitmotiv de tous. Pour y arriver, chaque maire gagnerait à unir l'ensemble des conseillers municipaux autour de son programme. Il faut dépasser les considérations partisanes, oublier la précédente bataille électorale pour former un bloc compact à même d'½uvrer pour le développement local. L'esprit de revanche ou de vengeance parce que tel village ou telle personne ne m'a pas voté doit être combattu par chaque maire pour assurer l'union sacrée de tous autour des projets de développement.

C'est main dans la main, et non dans la division que se fera le développement des communes, donc du Burkina Faso. L'autre piège dont chaque maire devra se méfier est celui des lotissements. Entre 2006 et 2012, ils étaient nombreux, les maires, emportés par les flots des lotissements. Il vous souviendra que les maires de Boulmiougou (commune de Ouagadougou), Koudougou, Koubri, Piela, Korsimoro, Pissila etc., ont tous été révoqués par le gouvernement avant la fin de leur mandat suite à des lotissements calamiteux, voire litigieux.

Dans la commune rurale de Korsimoro par exemple, le conseil des ministres du mercredi 18 juillet 2012 avait décidé de la révocation du maire, Korogo Larba, ainsi que de son premier adjoint, Ouédraogo Kiswendsida parce qu'impliqués dans des spéculations de parcelles et de lotissements. Cela conformément à l'article 272 qui stipule que « le maire ou un adjoint peut faire l'objet de suspension ou de révocation en cas de faute grave ». A l'entame de leur nouveau mandat, il est important de rappeler à tous les maires qu'ils sont sur des chaises éjectables. En clair, un maire qui se rend coupable de détournement de biens, de corruption, de faux en écriture publique, de spéculation sur les lotissements et l'affectation des terrains publics, se met en danger. Aujourd'hui, la volonté politique est de sanctionner tous ceux qui se rendront coupables de pratiques inacceptables.

Ceux qui voudront s'enrichir en faisant des malheureux dans leurs communes sont prévenus. Faisons nôtre cette pensée de l'écrivain et diplomate français Jacques de Bourbon Busset : « Le bonheur, souvent, se construit au détriment de quelqu'un, et ce n'est plus le bonheur. Le vrai bonheur est de mettre son bonheur dans le bonheur d'un autre ». S'il faut priver ses concitoyens de parcelles, troquer des espaces publics contre des espèces sonnantes et trébuchantes, c'est creuser soi-même sa propre tombe, préparer sa propre révocation. La fonction de maire n'est pas une fonction acquise sur concours. Chaque édile se doit donc de ne pas sacrifier la confiance que les électeurs ont placée en lui ou à un parti politique.

Vous avez promis pendant la campagne électorale de construire des écoles, des maternités, de réaliser des forages... Vous voici à l'épreuve. A chacun de faire à présent la preuve de sa bonne foi.

L'impunité dans les collectivités territoriales n'est pas la chose la mieux tolérée. Les populations, de plus en plus éclairées, veillent au grain. Mais, si l'Etat n'hésite pas à révoquer les maires coupables de fautes graves avec souvent des poursuites judiciaires, il reste à exécuter le volet judiciaire. Combien de maires accusés de mauvaise gestion de parcelles ont été à ce jour jugés bien qu'ils aient été révoqués ? Pourquoi ne le sont-ils pas ? Est-ce la justice qui n'en a pas été saisie ? Autant de questions sans réponses qui pourraient faire croire que les maires ne sont pas des justiciables. Et pourtant non. La loi s'applique à tous, sans exception.

Les élus des 351 communes du Burkina sont donc prévenus. Les pièges ne vont pas manquer durant les cinq prochaines années. A chacun de savoir les éviter s'il veut achever paisiblement son mandat. Les intérêts des populations ne sauraient se réduire aux intérêts égoïstes de maires en quête de confort social à tout prix.

Rabankhi Abou-Bâkr ZIDA ([email protected])

Sidwaya