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N'Djamena, la capitale du Tchad, passe de la stupeur

Les rues désertes de la capitale tchadienne s'animent peu à peu. Plongés dans la stupeur à l'annonce mardi de la mort d'Idriss Déby Itno, au pouvoir depuis 30 ans, les habitants de N'Djamena redoutent des lendemains difficiles.

Une junte militaire a pris le pouvoir, dirigée par l'un de ses fils, Mahamat Idriss Déby, jeune général quatre étoiles de 37 ans sans expérience politique, mais ce Conseil militaire de transition (CMT) est aussi composé de 14 des plus fidèles généraux de son père.

L'appel à la prière du muezzin résonne au loin en ce mois de Ramadan. Le sable et la poussière qui jonchent toute cette ville accablée par la chaleur vole au passage des taxis jaunes. Les étoffes aux couleurs les plus vives sont exposées sur les étals des marchés. Un jour comme un autre.

Le régime d'Idriss Déby, qui a dirigé le pays d'une main de fer depuis son coup d'Etat en 1990, a été régulièrement accusé par les organisations de défense des droits humains d'être autoritaire et prédateur des ressources du Tchad, classé par l'ONU au troisième rang des pays les moins développés au monde malgré sa rente pétrolière. 

L'annonce de sa mort dans des combats contre des rebelles la veille n'a pas déclenché un souffle de liberté parmi les Tchadiens mais plutôt provoqué un réveil difficile. Depuis plusieurs jours déjà, alors qu'une colonne rebelle progressait dans le nord en provenance de la Libye, les chars de l'armée étaient de sortie dans la capitale. 

Les rues bruissaient chaque jour de rumeurs annonçant qu'ils approchaient de la capitale. Même s'ils demeurent encore loin et que l'armée assure les avoir vaincus.

Peu d'informations filtraient du front et chacun y allait de son pronostic. Mais lundi déjà, une rumeur enflait: le maréchal Déby aurait été blessé dans des combats.

-"Transition dynastique"-

Puis mardi matin, la télévision nationale interrompt ses programmes. "Le président de la République, chef de l'Etat, chef suprême des Armées, Idriss Déby Itno, vient de connaître son dernier souffle en défendant l'intégrité territoriale sur le champ de bataille", énonce le porte-parole de l'armée.

Les écoles ferment aussitôt. Paniqués, certains parents vont y chercher précipitamment leurs enfants. Les fonctionnaires se ruent chez eux. Et à 18 heures, le couvre-feu est instauré, la ville se mure dans un silence de plomb.

Mais la vie a repris son cours à peu près normal mercredi, même s'il y avait moins d'embouteillages qu'à l'ordinaire. Seuls quelques chars étaient positionnés autour du palais présidentiel, moins que les jours précédents. Et plus sur les avenues ou les ronds-points. Les marchés ont rouvert, tout comme certaines administrations.

Devant le ministère des Finances, les questions fusent. Que va-t-il se passer dans les jours à venir ? "L'avenir du pays est incertain. Cette transition dynastique ne peut pas apporter la paix", lâche Mamadou, la cinquantaine, drapé dans un boubou beige.

Au lycée Félix Eboué, peu d'élèves sont venus mercredi matin. Le regard dans le vide, Youssouf Ousmane, enseignant, semble déboussolé. "La disparition d'Idriss Déby a été brusque. Personne ne s'y attendait. Et comme il n'a pas préparé sa succession, nous sommes dans l'inconnu", souffle-t-il, l'air préoccupé.

A Kabalaye, un quartier généralement animé, Madjitoloum sirote un thé avec des amis. Assis à l'ombre d'un neemier, un petit arbre tropical, il regarde les passants et devise sur une situation qui bouleverse 30 années de vie sous la férule d'Idriss Déby et son clan.

"Quand il est arrivé au pouvoir, j'avais 7 ans, aujourd'hui j'en ai 37. Dans ma vie, rien n'a changé. J'ai fini mes études, j'ai un master 2 en sciences économiques mais je ne suis pas intégré. Je m'en sors avec des petits boulots pour joindre les deux bouts", raconte-t-il, amer.

Pour lui, l'avenir ne s'éclaircit pas. "La mort d'Idriss Déby est brusque et nous plonge dans l'incertitude. Notre crainte, c'est que sa famille cherche à conserver le pouvoir. Alors, tous nos espoirs disparaîtront à jamais", se désole-t-il.

AFP

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