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Explosion de la consommation électrique en zone UEMOA : Les experts à pied d'œuvre à Ouaga pour réduire le coût de la facture

Hasard de calendrier, pendant que les Ouagalais connaissent des coupures de courant du fait de l'insuffisance de l'offre, c'est dans leur ville que les membres du Comité technique (COMITEC) du Projet régional d'étiquetage des appareils électroménagers dans les pays de l'UEMOA ont choisi de tenir les 6 et 7 mars 2013 leur troisième réunion.

Initiée conjointement par l'Institut de la Francophonie pour le développement durable (IFDD), la Commission de l'UEMOA et ECONOLER, une firme canadienne de génie conseil en matière d'économie d'énergie, la rencontre a réuni 25 participants.

L'objectif principal, c'était de discuter des différents rapports produits dans le cadre du projet, d'en faire la synthèse pour un meilleur usage par les acteurs impliqués et d'échanger sur la stratégie d'ancrage du projet au niveau des Etats membres de l'Union économique et monétaire ouest-africaine.

Demande d'énergie supérieure à l'offre

Mis en route dans le cadre de l'Initiative régionale pour l'énergie durable dans la zone UEMOA, le présent projet, qui vise à satisfaire la demande d'énergie des pays membres, répond à des préoccupations réelles.

« Aujourd'hui, beaucoup de pays de l'Union font de délestages sur leurs réseaux parce que la demande d'énergie est supérieure à l'offre », souligne à juste titre le représentant de I'FDD, Jean-Pierre N'Doutoum. Le Burkina ne peut pas en dire le contraire avec les difficultés que connait sa Société nationale d'électricité (SONABEL).

Entre les pannes inévitables dans l'absolu sur son réseau, comme en témoigne celle survenue récemment à Pâ, et la forte demande en énergie, en ces temps de canicule, de ses clients, notamment ceux du Centre régional de consommation de Ouagadougou (CRCO), la nationale d'électricité ne sait plus à quel sain se vouer par ses temps qui courent.

La montagne qui accouche d'une souris

Par rapport à la demande actuelle, la SONABEL enregistre un déficit de 10-20 mégawatts. Abidjan, malgré l'interconnexion au réseau ivoirien, n'est pas la solution à court terme comme on l'avait espéré entre-temps.

Déjà beaucoup sollicitée par d'autres pays de la sous région, sans oublier l'augmentation de sa propre demande interne, la Côte d'Ivoire n'est pas encore en mesure d'aller au-delà des 50 mégawatts qu'elle fournit actuellement au Burkina.

Au niveau interne, la centrale de Komsilga que l'on pourrait qualifier de « montagne », puisqu'annoncée au départ comme une solution viable, semble pour l'instant avoir accouché d'une souris.

Face à la situation, les responsables et les communicateurs de la boîte essaient de communiquer pour bénéficier de la compréhension des consommateurs et limiter la casse au niveau de l'opinion.

Le Bénin dépendant aussi de l'extérieur

Mais, la situation, est loin, évidemment, d'être l'apanage du Burkina. Au Bénin, pays voisin dépendant fortement, lui aussi de l'extérieur, le problème se pose avec acuité. En tout cas, sur le sujet, Euloge S. Migniha, responsable de la Cellule Efficacité énergétique à la direction générale de l'Energie du Benin n'a guère voulu faire dans la langue de bois.

« Nous dépendons de plus de 80% de l'extérieur en matière de production énergétique. Nous importons du courant du Ghana, du Nigéria, de la Côte d'Ivoire », nous confie-t-il. En outre, la situation se retrouve aggravée avec l'utilisation d'instruments qui consomment beaucoup d'électricité.

Ainsi, selon les résultats d'études menées en novembre 2012 au Bénin, l'on pourrait, en passant des anciens équipements au système d'étiquetage avec des appareils électroménagers à faible consommation énergétique, réduire jusqu'à plus de 12 milliards de francs CFA par an les coûts des factures électriques au niveau du seul pays. Extrapolé aux 7 autres pays de l'UEMOA, ce seront des dizaines de milliards de francs CFA qui seront économisés sur la facture énergétique de l'espace communautaire ; le problème étant général pour les Etats de la région.

Les experts mandatés par chefs d'Etat

Et c'est justement conscients de cela, que les chefs d'Etats de l'Union ont mandaté les experts pour développer les solutions à même de permettre à l'espace UEMOA d'être indépendant du point de vue énergétique, de rendre disponible l'électricité pour le grand nombre de ses populations à coût bas.

Et les problèmes, à en croire les membres du Comité technique du projet régional d'étiquetage, ne sont pas insurmontables. « Nous avons fait la démonstration qu'il existe plusieurs façons de répondre à une forte demande d'énergie.

Il y a deux façons d'agir : soit, vous construisez de nouvelles centrales pour accroître l'offre, soit vous agissez sur la demande c'est-à-dire baissez la demande. Et on est capable aujourd'hui de baisser la demande d'énergie sans baisser les services énergétiques.

Vous avez par exemple dans votre maison une ampoule de 100 watts qui éclaire votre salon. Mais, vous avez aujourd'hui des ampoules de 16 watts qui font exactement le même travail. Vous avez le même éclairage pour une consommation d'énergie beaucoup moindre. Cet exemple est aussi valable pour bien d'autres appareils électroménagers » assure Jean-Pierre N'Doutoum.

Enjeux économique, stratégique et social

Les enjeux du projet, selon M'Gbra N'Guessan, vice-président Afrique de ECONOLER, sont énormes et se situent à plusieurs niveaux. Avec la nouvelle approche, explique- t-il, les pays de l'UEMOA se donnent les moyens d'économiser de l'énergie.

« En économisant l'énergie, on permet à plus de personnes dans les quartiers pauvres, dans les villages, d'avoir accès à l'électrification rurale. Autrement, sans électricité, pas d'électrification rurale. L'Etat économise, les ménages économisent grâce à l'étiquette énergétique. C'est un enjeu économique.

C'est aussi un enjeu stratégique parce qu'on parle d'indépendance énergétique. C'est également un enjeu social parce que toute personne qui économise de l'argent, doit pouvoir en dégager pour l'éducation de ses enfants, pour sa santé et pour son bien-être ».

Et au sortir de la présente rencontre de Ouagadougou, des acquis ont été enregistrés. En effet, aux dires de Mamadou Dianka, directeur de l'Energie, des Télécommunications et des TIC à la Commission de l'UEMOA, la rencontre a permis de faire le point de la première phase du projet et de dégager les voies à suivre.

Le projet régional d'étiquetage des appareils électroménagers dans les pays de l'UEMOA bénéficie d'un appui financier du Renewable Energy & Energy Efficiency (REEEP)

Grégoire B. BAZIE

Lefaso.net


ENCADRE

Ils font le bilan de leur participation

Mamadou Dianka, directeur de l'Energie, des Télécommunications et des TIC à la Commission de l'UEMOA : « Parvenir à la réduction de la facture énergétique dans nos pays »

Premièrement, nous constatons qu'il y a une meilleure adhésion des Etats. Deuxièmement, nous sommes parvenus en moins de douze mois à constituer au niveau de chaque pays des réseaux, ce que l'on appelle des points focaux, des réseaux d'experts venant de tous les horizons, de l'industrie, de l'énergie, des normes et qualités qui travaillent ensemble sur la thématique. En tout cas, des groupes, des noyaux durs ont été constitués dans les différents pays pour ce travail. Troisièmement, nous avons fait aussi l'esquisse d'une directive régionale que nous allons proposer, selon les procédures. En interne d'abord au niveau de l'UEMOA, ensuite en conseil des ministres et même aux Chefs d'Etat pour dire voilà la directive qu'il faudra adopter pour stopper tout ce qui est matériel vétuste, tout ce qui est matériel électroménager qui ne répond pas aux normes. Nous allons donc proposer des textes législatifs. Nous avons réfléchi sur une esquisse d'étiquette. C'est ce que nous avons fait jusqu'ici. Maintenant, nous devons poursuivre le travail pour créer un espace de dialogue au niveau de la région avec les différents acteurs de la question au niveau des Etats pour vraiment faire de la sensibilisation pour ensuite adopter la norme afin de parvenir, véritablement, à la réduction de la facture énergétique dans nos pays.

Jean-Pierre N'Doutoum, Spécialiste des questions énergétiques

A l'Institut de la Francophonie pour le Développement Durable : « Nous sommes satisfaits des résultats à mi-parcours »

« Nous avons réuni pour la présente rencontre, les cadres des directions de l'énergie des pays membres de l'UEMOA, les cadres des organismes de normalisation de ces pays de façon à ce que nous puissions avoir une norme pour la région. Cette norme permettra de savoir le degré de consommation pour chaque appareil (réfrigérateur, congélateur, climatiseur, etc.) qui entre dans l'espace UEMOA. Cela permettra de donner de l'information utile aux décideurs qui pourront, le moment venu, décider que tel équipement de telle gamme ne doit plus entrer dans l'espace UEMOA parce qu'il ne répond pas à nos normes de consommation. Nous avons également réfléchi sur le type d'étiquette que nous allons soumettre à l'appréciation de nos chefs d'Etat. Nous sommes satisfaits des résultats de la présente réunion. C'est la troisième rencontre du genre puisque la première rencontre avait déjà eu lieu à Ouagadougou et la deuxième réunion a eu lieu l'année dernière à Accra. La présente rencontre de Ouagadougou nous met à mi-parcours de notre programme que nous espérons terminer d'ici à la fin d'année, notamment au niveau régional. Ensuite, nous passerons à la phase nationale où il y aura des animations et des formations dans chaque pays sur la normalisation.

Dr. M'Gbra N'Guessan, vice-président Afrique de ECONOLER : « Bilan est très positif »

Le bilan est très positif. Nous avons discuté largement et trouvé un consensus qui a été accepté par tous les représentants des pays qui viennent des secteurs de l'électricité et de la normalisation. Ils vont le traduire concrètement dans les faits d'ici un à deux mois par un document que l'UEMOA pourrait proposer à la réunion des chefs d'Etat. Le second volet de la rencontre concerne l'adoption de l'étiquette spécifique à l'UEMOA. Nous avons examiné plusieurs modèles et nous sommes dans l'esprit que ces modèles peuvent effectivement nous aider à rencontrer notre objectif. Il est important pour nous de mentionner que là aussi le résultat est à la mesure de nos attentes, c'est-à-dire que nos experts de tous les horizons, deux personnes par pays, ont fait un travail formidable qui va être vraiment la base de la conception d'une étiquette. L'étiquette, je vous rappelle, c'est avant tout un symbole, des informations qui permettent de renseigner utilement les consommateurs sur la consommation énergétique des appareils électroménagers.

Euloge S. Migniha, Responsable de la Cellule Efficacité énergétique à la direction générale de l'Energie du Benin : « Nous avons beaucoup bénéficié du projet »

L'étiquetage énergétique est une question de l'heure parce qu'elle constitue en même temps une réponse à la crise énergétique que vivent nos Etats. Le Bénin a déjà pris des initiatives dans ce sens grâce à un don du Fonds mondial pour l'Environnement. Avec ce financement de la Banque mondiale, nous avons pris l'initiative de mettre en place des normes d'efficacité énergétique et un système d'étiquetage. Ça participe à l'harmonisation de tout ce que nous sommes en train de faire avec la sous-région. Nous sommes vraiment contents que l'initiative ait été prise au niveau régional et cela constitue un appui pour nous. Nous avons beaucoup bénéficié de ce projet parce qu'il a permis la réalisation d'une étude sur le marché béninois par rapport aux habitudes de consommation des populations en termes d'équipement électroménagers. Cette étude nous réconforte car les résultats nous ont permis de voir, et de pouvoir convaincre nos autorités sur le fait que la mise en place d'un système d'étiquetage pourrait contribuer à réduire de manière substantielle la consommation de l'énergie électrique et cela vient comme une contribution à la recherche de solution de la crise énergétique que vit notre pays ».

Propos recueillis par GBB

Lefaso.net

Le Faso

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