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Au procès Bouaké, trois accusés bien suivis et connus des Français

Lorsque l'aviation ivoirienne a bombardé un camp français en novembre 2004, l'armée française a vite identifié les suspects, dont le mercenaire bélarusse et les deux officiers ivoiriens aujourd'hui accusés au procès: elle les suivait de près depuis plusieurs jours.

Le 6 novembre 2004 vers 13H40, les chasseurs Sukhoï-25 de l'armée ivoirienne se posent sur le tarmac de l'aéroport de Yamoussoukro, comme ils le font depuis plusieurs jours après avoir bombardé les rebelles à qui ils tentent de reprendre le nord du pays.

Mais ce jour-là est différent: l'un d'entre eux vient de bombarder un camp de la force de paix française un peu plus au nord, à Bouaké, tuant neuf de ses soldats et blessant une quarantaine d'autres.

Sur le tarmac, le pilote du chasseur qui a tiré descend de son appareil précipitamment et sans retirer son casque, contrairement à l'habitude, et quitte vite l'aéroport. 

A 600 mètres de là, dans la partie de l'aéroport occupée par les Français, l'adjudant-chef Xavier Alibaud, chargé d'observer les opérations ivoiriennes, reconnaît l'un des mercenaires slaves que les Ivoiriens viennent de recruter.

"Il est resté gravé dans mémoire", a-t-il déclaré jeudi devant la cour d'assises de Paris. "Même s'il n'a pas enlevé son casque, sa façon de descendre et sa combinaison, toujours la même, ça peut être que lui".

Cela fait plusieurs jours que ce mercenaire est arrivé à l'aéroport de Yamoussoukro avec les deux chasseurs Sukhoï-25 que la Côte d'Ivoire a achetés au Bélarus via un sulfureux marchand d'armes français, Robert Montoya.

L'homme, carré et moustachu, était "toujours un peu en retrait, il avait un regard très noir et agressif et ne se mélangeait pas", se souvient Xavier Alibaud, seize ans après.

"Il avait souvent une cigarette" à la main et "ne souriait jamais", note un autre soldat français sur place à l'époque, l'adjudant-chef Marc Beck.

Les deux Français ne le savent pas encore ce jour-là, mais le pilote s'appelle Yury Sushkin. Né en 1956 en Russie, il est l'un des trois accusés du procès du bombardement de Bouaké, jugé en absence car il reste introuvable en dépit de mandats d'arrêt.

- "Services rendus" -

Dix jours après, il sera arrêté avec sept autres mercenaires bélarusses au Togo. 

Lomé fait alors le lien avec le bombardement et propose de les livrer à Paris. Mais la France ne lui répondra pas, inexplicablement, car elle savait à l'époque, notamment via ses troupes qui étaient à Yamoussoukro, que des mercenaires slaves étaient impliqués dans l'attaque de ses soldats à Bouaké.

Les équipages des Sukhoï sont toujours mixtes, avec un pilote slave et un copilote ivoirien, notent les Français qui envoient chaque jour des photos et un rapport à leur commandement. L'identité du second pilote slave reste inconnue.

Les militaires français ont vite identifié deux autres suspects, des officiers ivoiriens qui deviendront les deux autres accusés du procès: le capitaine Ange-Gnanduillet et le lieutenant-colonel Patrice Ouei.Deux hommes de près de 50 ans à l'époque, formés au pilotage en France dans les années 80.

Selon les enquêteurs français, le premier était à bord d'un des chasseurs, et le second a organisé l'opération et y a peut-être participé.

Comme Yury Sushkin, ils sont poursuivis pour assassinat mais jugés en absence, la Côte d'Ivoire n'ayant pas répondu aux demandes d'extradition françaises. En 2005, ils ont été promus par leur commandement pour "services rendus".

Jeudi, alors qu'à Paris le procès dure depuis 10 jours, les autorités ivoiriennes ont annoncé à l'AFP qu'Ange Gnanduillet était mort depuis cinq ans, victime d'une "longue maladie" qui l'a emporté le 25 février 2016 à Abidjan.

Interrogés en 2005 par la justice ivoirienne, Ange Gnanduillet avait reconnu sa participation au raid, Patrice Ouei a lui nié y avoir pris part. Tous deux ont déclaré que l'armée ivoirienne n'avait jamais voulu attaquer les Français, et que cela ne pouvait être qu'un accident.

Les chefs de la force française à l'époque soupçonnent eux une opération orchestrée par certains cadres militaires ivoiriens ou membres de l'entourage du président Laurent Gbagbo pour détourner l'attention et faire oublier l'échec des opérations qu'ils menaient contre les rebelles.

Seize ans après, le mystère reste entier, au grand dam des familles de victimes qui s'interrogent également sur l'attitude des autorités françaises, entre l'épisode togolais et leur réticence récurrente à contribuer à l'enquête.  

AFP

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