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Guelleh en route pour un 5e mandat

Le président de Djibouti Ismaël Omar Guelleh, qui règne sans partage depuis 1999 sur ce pays de la Corne de l'Afrique, a tenu mercredi un dernier rassemblement électoral avant l'élection de vendredi, qui devrait être sa dernière.

Dans cette nation de 990.000 habitants, les électeurs vont se rendre aux urnes pour départager deux candidats aux profils diamétralement opposés.

M. Guelleh, 73 ans, préside depuis 22 ans aux destinées de ce territoire désertique mais à la position stratégique, car ancré à la jonction du golfe d'Aden et de la mer Rouge, face à l'une des voies maritimes les plus empruntées au monde. 

Ses quatre mandats ont été marqués par un développement de l'économie, reposant sur l'essor des ports et des structures logistiques, mais aussi par un exercice du pouvoir autoritaire laissant peu de place à la contestation ou à la liberté de la presse. 

En face, Zakaria Ismail Farah, 56 ans, est un homme d'affaires spécialisé dans les produits de désinfection, fraîchement débarqué en politique.

En l'absence des leaders historiques de l'opposition, qui boycottent le scrutin, cet inconnu du grand public représente la seule alternative à "IOG", figure incontestée du pouvoir qui a remporté avec plus de 75% des voix chaque présidentielle à laquelle il a participé.

Celle de vendredi, où M. Guelleh se présente pour un cinquième mandat, devrait être son dernier tour de piste: en 2010, une réforme de la Constitution a, à son initiative, supprimé la limitation à deux mandats présidentiels, mais a aussi instauré un âge maximum de 75 ans pour les candidats.

- Foule exaltée -

Malgré une vague d'infections au Covid-19, avec actuellement près de 200 cas quotidiens et 23% de positivité des tests, la campagne électorale du parti du chef de l'Etat, l'Union pour la majorité présidentielle (UMP), a rassemblé des milliers de militants.

Mercredi après-midi, le président sortant a tenu son dernier meeting dans un stade de Djibouti-ville écrasé par le soleil, fort selon sa communication de "20 à 25.000" sympathisants exaltés, applaudissant à tout rompre aux danses traditionnelles et aux performances d'artistes populaires. 

Dans la foule - jeune, féminine et peu masquée -, les casquettes et T-shirts vert pomme siglés "IOG" se mêlent aux voiles multicolores. Venue avec des amies, Halima Saad affirme voter pour IOG "pour notre pays, pour notre développement".

"Il a donné de l'espoir à la jeunesse, il a construit des ports pour ce pays, grâce à lui nous ne sommes plus au chômage", crie par-dessus la musique cette jeune femme de 23 ans.

Dans un court discours en langue somali, le président a martelé un appel à l'unité et au développement du pays.

"Il faut qu'on sache que personne ne fera les choses pour nous à notre place", a déclaré M. Guelleh, entouré de personnalités du régime, dont son épouse.

"Votre rendez-vous est de faire votre devoir, jeunes et vieillards. Comme je vous vois aujourd'hui nombreux, je suis sûr que vous viendrez nombreux dans les bureaux de vote", a-t-il conclu.

Zakaria Ismail Farah a tenu quelques rassemblements timides, avant d'annuler tous ceux prévus lors des 10 derniers jours de campagne. Il s'est plaint notamment de ne pas bénéficier d'un service de maintien de l'ordre.

Le 28 mars, lors d'un meeting, celui qui s'est déclaré "porte-étendard des Djiboutiennes et Djiboutiens d'en bas" s'est présenté les poings liés et la bouche recouverte par un épais ruban adhésif marron, avant de dénoncer "l'inégalité de traitement dont il est victime". 

- "Durcissement" -

Au cours de la campagne, plusieurs manifestations contre un cinquième mandat du président Guelleh ont rassemblé parfois une cinquantaine de personnes, souvent suivies d'arrestations.

"Il y a un durcissement du régime petit à petit, de 1999 à aujourd'hui", estime Sonia le Gouriellec, docteure en sciences politiques et auteure du livre "Djibouti: la diplomatie de géant d'un petit Etat".

"Plus il s'est ouvert sur le monde, plus il s'est refermé en interne", ajoute-t-elle à propos des ambitions diplomatique et économique de Djibouti. 

Indépendant de la France depuis 1977, ce pays stable suscite l'intérêt des grandes puissances, accueillant notamment des bases militaires américaine, française, mais aussi japonaise et, depuis 2017, chinoise.

Il se rêve aussi en "Dubaï de l'Afrique" et entend développer encore ses importantes infrastructures logistiques et ses services, grâce à des investissements étrangers, à commencer par ceux de la Chine.

AFP

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