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Rôle de la France dans le génocide rwandais:

"Il n'y a que la France qui ignorait son rôle" dans le génocide: à Kigali, les Rwandais ont accueilli sans surprise, mais avec optimisme, les conclusions du rapport évoquant les "responsabilités lourdes et accablantes" de la France dans cette tragédie.

Samedi était un jour d'affluence au Mémorial du génocide de Kigali. Ecoliers, touristes ou habitants de la capitale rwandaise, les visiteurs se font plus nombreux à l'approche des commémorations, qui doivent débuter le 7 avril.

A 9.500 kilomètres de Paris, le rapport sur le rôle de la France dans le génocide, remis vendredi soir à Emmanuel Macron, y trouve une résonance particulière.

Dans ce dédale sont notamment exposés vêtements, photos, crânes de victimes des tueries de 1994, qui ont fait au moins 800.000 morts, essentiellement tutsi. Les restes de près de 250.000 personnes y sont également enterrés.

Le rapport, dirigé par l'historien Vincent Duclert, est sans concession pour les autorités françaises de l'époque: si "rien ne vient démontrer" qu'elle s'est rendu complice du génocide, la France porte des "responsabilités lourdes et accablantes" dans la tragédie, notamment en étant "demeurée aveugle face à la préparation" du génocide.

Dans le musée du mémorial, une section est consacrée au rôle de la France dans le génocide. Paul Dushimimana la parcourt en ce samedi matin.

L'histoire du génocide, cet ingénieur en informatique de 29 ans la connaît. Ses deux parents ont été tués dans les massacres de 1994.

Le rôle de la France, il le connaissait déjà. "Elle a aidé les auteurs du génocide, elle a aidé les génocidaires à devenir puissants", résume-t-il.

Pour lui, ce rapport sans surprise ne changera pas grand-chose: "Il n'y a rien qu'ils (les Français, ndlr) peuvent faire pour compenser ce qu'ils ont fait".

- "La France sera notre amie" -

Devant les mêmes panneaux, Paul Habumugisha veut, lui, croire que cette reconnaissance de responsabilité permettra d'avancer.

"La plupart des jeunes Rwandais ont peur de la France parce que nous savons ce qu'ils ont fait", explique le jeune homme de 27 ans: "Ils (les Français) ont persisté à ignorer leur rôle de soutien aux Hutu qui ont participé au génocide. Maintenant, s'ils l'acceptent, ça signifie que la France sera notre amie".

Si les relations entre les deux pays se sont quelque peu détendues avec l'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron en 2017, le rôle de la France au Rwanda reste un sujet explosif depuis plus de 25 ans entre les deux pays.

Les autorités rwandaises n'ont pour l'instant fait qu'un court commentaire, par la voix du ministère rwandais des Affaires étrangères qui s'est félicité dans un communiqué d'un "pas important vers une compréhension commune du rôle de la France dans le génocide contre les Tutsi".

"Un rapport d'enquête commandé par le gouvernement rwandais en 2017 sera publié dans les semaines à venir, dont les conclusions complèteront et enrichiront celles de la commission Duclert", a-t-il ajouté.

Le président Paul Kagame, ancien chef des rebelles tutsi du Front patriotique rwandais (FPR) qui combattait alors le régime hutu soutenu par le président socialiste François Mitterand, ne s'est pas exprimé publiquement.

- Excuses et réparations -

Le président de l'Union africaine, Moussa Faki, a, lui, salué sur Twitter un rapport "très dense et documenté", qui "établit de très nombreuses responsabilités" et constitue un "acte courageux et digne d'appréciation".

Il s'agit d'une "importante décision au service de la vérité sur l'évènement le plus dramatique de l'histoire africaine contemporaine", a-t-il réagi.

De nombreux officiels et hommes politiques rwandais n'ont pas répondu aux sollicitations de l'AFP.

Pour le député John Ruku-Rwabyoma, ce rapport est tardif "mais c'est un pas dans la bonne direction".

"Il n'y a que la France qui ignorait son rôle. Le monde entier, et en particulier les Rwandais, savait", lâche-t-il.

Selon lui, ce rapport ne doit pas rester sans suite.

"Nous sommes une société qui pardonne au Rwanda (...), donc je pense que des excuses claires du gouvernement français seraient bienvenues", estime-t-il.

"La prochaine étape pour la France est d'accepter de devoir payer des réparations aux victimes", ajoute-t-il.

Dans les allées du mémorial, Josiane Umurerwa, serveuse de 29 ans, espère, elle, simplement que "maintenant que la France reconnaît (avoir joué) un rôle important, cela aidera un peu les victimes, ceux qui ont perdu des êtres chers, à trouver la paix".

AFP

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