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Covid-19: au Kenya, une troisième vague aux airs de lame de fond

Taux de positivité et mortalité record, hôpitaux saturés, gestes barrières peu appliqués... Régulièrement érigé en modèle de la lutte contre la pandémie en Afrique, le Kenya fait face depuis début mars à une puissante troisième vague de coronavirus.

Les récentes mises en garde des autorités et la prolongation du couvre-feu annoncée le 12 mars n'ont pas suffi. Le Kenya est submergé par une troisième vague aux airs de lame de fond.

Le président Uhuru Kenyatta a annoncé vendredi l'isolement "jusqu'à nouvel ordre" de cinq comtés, dont la capitale Nairobi, après avoir égrené des chiffres inquiétants: taux de positivité aux tests multiplié par dix depuis janvier (de 2% à plus de 20%), mortalité passant de trois décès par jour en janvier-février à sept en mars, 20 personnes en soins intensifs en janvier contre 950 depuis le 12 mars... 

Cette troisième vague apparaît plus dévastatrice que les deux premières: le 19 mars, le pays a enregistré son plus grand nombre de morts en une journée (28) depuis le début de la pandémie. Au 26 mars, 128.178 cas de Covid-19 avaient été recensés, pour 2.098 morts.

Cette vague est notamment causée par les nouveaux variants du virus, dont les deux plus connus, le britannique et le sud-africain, ont été détectés au Kenya.

Elle intervient aussi deux mois après la réouverture, début janvier, des écoles primaires et des collèges, qui ont été à nouveau fermés vendredi.

Ces mesures visent à "éviter une crise sanitaire nationale", alors que "la pression que la pandémie exerce sur (le) système de santé est sans précédent", a ajouté Uhuru Kenyatta.

- "Attendre que d'autres meurent" -

Les signaux d'alerte se multipliaient ces derniers jours.

Le ministre de la Santé l'a lui-même évoqué, en refusant toutefois d'évoquer une saturation. Les services de santé sont "surmenés", affirmait Mutahi Kagwe le 23 mars, mais "pas tout à fait dépassés".

Ce jour-là, selon un décompte officiel partiel sur cinq hôpitaux de Nairobi, un seul établissement disposait encore de places en soins intensifs, soit 23 lits sur 206.

Le même jour, le gouverneur du comté voisin de Machakos sonnait l'alarme.

"Les 15 lits de soins intensifs de notre hôpital de niveau 5 et les 12 lits supplémentaires sont pleins de patients Covid en état grave. Les 42 lits de soins intensifs / haute dépendance équipés de points d'oxygène sont également complets. Les gens attendent que d'autres meurent pour avoir un lit", écrivait Alfred Mutua sur Twitter.

Sur les réseaux sociaux, les médecins hospitaliers ont raconté l'engorgement auquel ils sont confrontés.

"Nous sommes dépassés, constamment découragés par le taux de perte de patients. La troisième vague est là, elle est réelle", raconte une médecin d'un hôpital de Nairobi, sous le pseudo Dr Ginger.

"Ma garde hier était uniquement du Covid par-ci, Covid par-là. Enfants, jeunes adultes, adolescents, femmes enceintes... Tous malades. Dieu nous protège", écrivait une autre le 23 mars.

Le Kenya "est à un point de bascule", a estimé Chibanzi Mwachonda, le président d'un des principaux syndicats de médecins du pays (KMPDU).

"Le nombre croissant d'infections entraînera une charge de travail élevée et accablera le système de santé déjà surchargé, comme en témoigne le manque d'unités et de personnel de soins intensifs", prédisait-il, en soulignant également "une hausse des contaminations des personnels de santé".

Il a appelé à lutter contre les "hésitations sur la vaccination" - 90.340 personnes vaccinées au 26 mars - et contre "un état général de laxisme dans l'adhésion aux mesures de prévention".

Si le port du masque, le nettoyage des mains au gel hydroalcoolique et la prise de température sont obligatoires à l'entrée des bâtiments recevant du public, les rassemblements - meetings politiques ou réunions festives dans les bars, souvent sans masque - ont été régulièrement pointés comme des foyers de propagation.

Les meetings politiques ont été interdits le 12 mars, les bars et restaurants fermés vendredi.

Mais "le gouvernement ne peut pas contrôler votre moralité, imposer la prudence ou l'amour de soi et des autres", a rappelé le président Kenyatta, appelant "chaque Kényan à assumer sa responsabilité". Car cette vague, dont le pic est attendu "dans les 30 jours", refluera "seulement mi-mai".

AFP

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