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IMPORTATIONS DE MATÉRIELS DE SECONDE MAIN Poubelles d’Europe, luxe d’Afrique

Les magasins qui proposent des produits de seconde main, communément appelé bazars, sont devenus une banalité dans le paysage dakarois. Plutôt axée sur la friperie, auparavant,  l'importation de produits de seconde main s'est, aujourd'hui, ouverte à divers autres produits très prisés par les Sénégalais.

 

Il est difficile de se promener dans Dakar sans remarquer ces magasins qui pullulent un peu partout. Communément appelés «Bazar», ces magasins vendent toutes sortes de produits venant tout droit de l'Europe. Entrer dans ces magasins, c'est comme mettre les pieds dans la caverne d'Ali Baba. On y trouve du tout : des habits, de la literie, des vaisselles, des peluches, des chaussures, des produits cosmétiques, et parfois même des aliments. Badou Kébé en possède un. Il s'est spécialisé dans la revente des meubles venant d'Europe. Ses mobiliers proviennent d'Italie, confie-t-il. «C'est mon grand-frère qui y vit qui me les envoie dans des conteneurs». Ce dernier qui est présent au Sénégal, depuis peu, renseigne sur la manière dont il se procure ces meubles. Il confie : «Nous achetons des meubles qui proviennent parfois des surplus de production d'une usine de fabrique.» C'est de cette façon que lui et ses camarades émigrés se procurent cette marchandise pour venir le revendre au Sénégal. Parfois, dit-il, «ce sont des produits qui ont des défauts à la fabrication». Mais, poursuit-il, «le plus souvent, ce sont des meubles dont les propriétaires ne veulent plus. Alors, on les récupère.» Une opération qui, selon Badou, n'est plus si facile comme avant : «Au début, des propriétaires nous donnaient leurs meubles gratuitement.» Mais, la crise économique aidant, «ils nous le vendent désormais».

L'importation de produits  de seconde main est une activité courante au Sénégal. Toutefois, elle se cantonnait à la friperie, avec des habits, chaussures et, quelquefois, certains matériaux. Mais, depuis quelques années, ces importations sont passées du simple au double. Et tout le monde y trouve son compte. Pape Kébé explique : «Les émigrés savent que, en dehors de l'immobilier, ces importations sont d'autres sources de revenus très lucratives.»

A quelques enjambées du magasin de Badou Kébé, se trouve celui d'Assane Mbodj. Devant son local, est superposée, sur une table, toute une collection de verres, d'assiettes et de saladiers. A côté de la table, sur un petit escabeau, se trouvent des chaussures pour femmes et enfants. A l'intérieur du magasin, des meubles et du matériel sportif ont fini de prendre tout l'espace. Contrairement à Badou, qui se procure sa marchandise par le biais de son frère, Ibrahima lui, guette l'arrivée des conteneurs pour cibler la marchandise qui sera susceptible de plaire aux clients. Il ne trouve rien à redire sur la qualité de cette marchandise. Pour lui, si les Européens ne veulent pas de certains matériaux, qui sont toujours en bon état, il ne devrait y avoir personne à s'en servir en Afrique. Fatimatou Bâ, une cliente trouvée en train de fureter dans un chariot en fer rempli de vestes pour homme n'est pas du même avis. Selon elle, même si ces produits sont de seconde main, elle y trouve son compte, car «c'est mieux que les produits chinois».

 

Diomma DRAME

Légende : Les bazars sont en train de prendre la place des produits chinois