mis à jour le

OUSMANE TANOR DIENG, SECRETAIRE GENERAL DU PS : C’est criminel, ce que Wade a fait…

En provenance de Lisbonne (Portugal) où il était pour la réunion de l'Internationale socialiste, Ousmane Tanor Dieng est passé par Paris. Occasion pour Wal Fadjri de discuter avec lui de la crise malienne et de ses possibles connexions avec le Sénégal. 

 

 

Wal Fadjri : Dans la crise malienne, le Sénégal a tardé à mobiliser son contingent de 500 militaires. Est-ce dû à un problème de moyens ?

Ousmane Tanor Dieng : J'en suis persuadé. Si on avait les moyens, on l'aurait fait le lendemain ou le surlendemain. Je suis sûr que la volonté politique existe.

Alors, qu'est-ce qui a bloqué ?

Au Sénégal, la réalité est que nous avons hérité d'un Etat abîmé. Vous avez vu les révélations que donne la traque des biens mal acquis. C'est un pays exsangue qu'on nous a laissé avec une situation catastrophique sur tous les plans. S'agissant de l'école sénégalaise, de l'université, les engagements pris par Abdoulaye Wade nous suivent et nous poursuivent, mais qu'il faut respecter. Parce que, quand on prend des engagements, c'est pour les respecter. Nous avons hérité d'un pays totalement détruit avec des investissements qui, même s'ils présentent un intérêt, ont des coûts exorbitants. Abdoulaye Wade a reconstitué la dette après qu'on a bénéficié des avantages des Ppte (Pays pauvres très endettés, Ndlr). En six ans, il a reconstitué la dette qu'il avait trouvée là et dans les conditions du marché. C'est criminel. C'est d'un ensemble de crimes économiques que nous avons hérités. Malheureusement, dans un contexte comme celui-là, je comprends bien, que l'Etat ait des difficultés ne serait-ce que pour remettre le pays sur les rails. Maintenant si vous ajoutez des dépenses qui n'étaient pas prévues, on se met en face de grosses difficultés. Mais, je reconnais qu'il y a beaucoup d'efforts à faire, d'enseignements à tirer pour l'avenir. Je crois que tout le monde a pris conscience de la gravité de la situation pour se mobiliser. Ce, pour que, à l'avenir, des questions de cette nature soient mieux gérées.

Ne doit-on pas avoir peur d'une éventuelle jonction entre les narco-terroristes et le Mfdc ?

Tout est possible ! Il faut être vigilant, il faut tout imaginer. Il faut se rendre compte que ce qui s'est passé au Mali, si ces gens-là n'y sont pas, ils peuvent être ailleurs dans la zone du Sahel et dans les différents autres pays. Donc il faut redoubler de vigilance.

Pour éviter au moins les kamikazes ?

Mais oui ! On ne sait pas qui peut être kamikaze, qui ne le serait pas. Et le Mujao nous avait averti en disant qu'il avait recruté dans nos différents pays des jeunes qu'il était en train de former, et que le moment venu, il allait les lâcher. Certains avaient cru que c'était du bluff, d'autres des menaces. Mais on se rend compte que c'est tout à fait possible. C'est pourquoi, il faut faire beaucoup attention.

Avons-nous suffisamment de forces de sécurité et de renseignements capables d'anticiper ?

Aucun pays pris individuellement n'a ces moyens-là. C'est pourquoi, dans le traitement global de cette question, l'Union européenne, la communauté internationale doit s'occuper de cette question. J'ai toujours dit que cette question est une menace contre la paix et la sécurité internationales. A partir de ce moment, il faut la traiter dans le cadre du chapitre 7 (de la Charte de l'Onu, Ndlr). A partir de ce moment, il ne s'agit plus d'une intervention des forces africaines mais des forces des Nations unies. S'il s'agit d'intervenir en Amérique Latine, par exemple, on ne dit pas qu'il faut des soldats issus de ces pays-là. Alors pourquoi veut-on que, s'il s'agit d'une question africaine, ça soit des forces africaines ? Ce n'est pas acceptable. Il y a aussi là un problème de traitement de la question. Pour l'avenir, au fur et à mesure que la France se retire, il faut des forces internationales d'intervention sous les auspices des Nations unies. Même si les Africains doivent y jouer un rôle de premier plan, il doit y avoir des forces qui viennent de partout comme les Africains vont partout.

Mais, les Nations unies disent qu'elles ne financent pas des forces de guerre, mais des forces de maintien de la paix...

Aujourd'hui, la guerre est quasiment terminée. Donc, il s'agit d'installer des forces de maintien de la paix. C'est l'occasion pour les Nations unies de prendre le relais et de continuer le travail qui a été commencé.

Réalisé à Paris par Moustapha BARRY

(Correspondant permanent)

 

WalfFadjri

Ses derniers articles: «SCOOP MARRAKECH» : La terreur des jeunes filles de Marrakech  OUSMANE TANOR DIENG, SECRETAIRE GENERAL DU PS : C’est criminel, ce que Wade a fait…  KOLDA POUR L’ELECTRIFICATION DE LEUR ZONE 771 ménages entendent croiser le fer avec la Senelec