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Un mort au Sénégal dans des manifestations de soutien

Les manifestations contre l'arrestation de l'opposant Ousmane Sonko ont fait leur premier mort jeudi au Sénégal, dont les autorités ont annoncé suspendre pour trois jours deux télévisions accusées d'avoir diffusé en boucle les images de violences inhabituelles dans un pays réputé pour sa stabilité.

C'est le premier décès confirmé au cours des manifestations en faveur de M. Sonko, placé en garde à vue mercredi, officiellement pour les troubles à l'ordre public qu'il aurait causés en se rendant en cortège au tribunal, où il était convoqué pour répondre à des accusations de viol.

"Il y a un décédé parmi les manifestants à Bignona", en Casamance (Sud), a dit à l'AFP un commandant de la gendarmerie sous le couvert de l'anonymat, sans pouvoir se prononcer sur la cause du décès.

Quatre gendarmes ont été blessés dans les heurts, a-t-il ajouté, sans donner un bilan des manifestants blessés. Le préfet de Bignona, Babacar Ndiaye, a confirmé sur une radio le décès du jeune homme.

Des troubles ont été rapportés dans d'autres villes, y compris en Casamance. M. Sonko bénéficie d'un fort soutien dans cette région d'où son père est originaire et où il a passé une partie de sa vie.

"Nous exigeons une enquête indépendante pour faire la lumière sur les circonstances du décès du jeune Cheikh Coly, 20 ans, lors d'une manifestation à Bignona", a dit sur Twitter le directeur d'Amnesty International Sénégal, Seydi Gassama.

L'arrestation de M. Sonko, troisième de la présidentielle de 2019 et pressenti comme l'un des principaux candidats à celle de 2024, a provoqué les heurts parmi les plus sérieux qu'ait connus le Sénégal depuis des années.

Des groupes de jeunes et les forces de l'ordre ont échangé mercredi des jets de pierres et des tirs de gaz lacrymogènes dans la capitale. Les médias et les réseaux sociaux ont rapporté le pillage de magasins.

Des dizaines d'étudiants retranchés dans le Centre des oeuvres universitaires de Dakar (Coud), sur le campus de l'Université Cheikh Anta Diop, ont à nouveau lancé jeudi après-midi des morceaux de parpaings sur les dizaines de policiers déployés alentour, selon des journalistes de l'AFP. Les policiers ripostaient à coups de grenades lacrymogènes et assourdissantes et en renvoyant les cailloux.

- Sonko devant le juge vendredi -

Dans la soirée, le Conseil national de régulation de l'audiovisuel (CNRA) a annoncé suspendre pour 72 heures à partir de jeudi à 17H00 (GMT et locales) le signal de deux télévision privées, Sen TV et Walf TV.

Le CNRA avait mis en garde mercredi contre la diffusion de contenus faisant "explicitement ou implicitement l'apologie de la violence", incitant à des troubles à l'ordre public, ou "de nature à constituer une menace sur la stabilité nationale ou la cohésion sociale".

Il avait montré du doigt Sen TV et Walf TV, ainsi qu'une troisième télévision. Sen TV et Walf TV ont "persisté dans (leur) logique de violation de la réglementation en diffusant en boucle des images de violence", a dit jeudi le CNRA

Les avocats d'Ousmane Sonko ont pour leur part indiqué à l'AFP que le député était à nouveau attendu au tribunal vendredi. "Il sera conduit demain de gré ou de force chez le magistrat instructeur", a déclaré l'un d'eux, Abdoulaye Tall.

M. Sonko, 46 ans, est visé depuis début février par une plainte pour viols et menaces de mort déposée par une employée d'un salon de beauté dans lequel il allait se faire masser pour, dit-il, soulager ses maux de dos.

Personnalité au profil antisystème et au discours impétueux, le député réfute les accusations. Il crie au complot ourdi par le président Macky Sall pour l'écarter de la prochaine présidentielle. Le président a démenti.

Lors de sa garde à vue, il a gardé le silence pour "protester contre les violations" de ses droits, selon un autre de ses avocats, Cheikh Khouraissy Ba.

Le ministre de l'Intérieur Antoine Félix Abdoulaye Diome a justifié l'arrestation de M. Sonko par l'interdiction des rassemblements édictée à cause du Covid-19 et par un plan de circulation mis en place par les autorités.

Aucun bilan des blessés ou des interpellations n'a été communiqué.

AFP

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