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Les Ougandais se rendent aux urnes pour un duel présidentiel tendu

Les Ougandais ont commencé à se rendre aux urnes jeudi matin pour une élection tendue qui oppose le président sortant Yoweri Museveni, 76 ans, dont 35 au pouvoir, à Bobi Wine, 38 ans, un chanteur de ragga et député à l'ascension politique fulgurante.

La campagne électorale a été particulièrement violente, émaillée d'arrestations et d'émeutes et endeuillée par plusieurs dizaines de morts. 

Mardi, les autorités ont suspendu jusqu'à nouvel ordre des réseaux sociaux et des services de messageries dans ce pays enclavé d'Afrique de l'Est. Le réseau internet était également très ralenti, voire inaccessible dans certains endroits de la capitale Kampala jeudi.

Dans le bureau de vote du quartier de Njovu, les opérations ont débuté peu après 07H00 (04H00 GMT). Les quelque 18 millions d'Ougandais ont jusqu'à 16H00 (13H00 GMT) dans quelque 34.600 bureaux de vote pour choisir leur président et leurs députés.

"Je viens de terminer de voter et j'espère que mon candidat va gagner", a déclaré à l'AFP Abbey Musaka, un homme d'affaires de 37 ans.

Un autre journaliste de l'AFP à Kampala a lui aussi constaté le début des opérations de vote dans le bidonville de Kamwokya.

"Je suis ici pour changer les dirigeants de ce pays car pendant des années, ils ont dit qu'ils allaient garantir mon avenir. Mais ils ne l'ont pas fait. J'ai besoin de voir du changement pour mes enfants", a déclaré Joseph Nsuduga, un chauffeur de 30 ans.

Les électeurs sont appelés à départager M. Museveni, un ancien guérillero mué en dirigeant autoritaire depuis son accession au pouvoir en 1986, et M. Wine, qui malgré son jeune âge s'est imposé au sein d'une opposition divisée comme le principal adversaire du président.

L'opposition, orpheline du vétéran Kizza Besigye, qui n'a pas souhaité concourir après quatre tentatives et autant de défaites face à M. Museveni, présente 10 candidats contre le Mouvement de résistance nationale (NRM), l'hégémonique parti au pouvoir.

Dans la dernière ligne droite de la campagne, le visage de M. Museveni, paré de son emblématique chapeau à large bord et d'un tee-shirt jaune - couleur du NRM - a été abondamment placardé dans les rues, accompagné du nombre de jours le séparant de la "victoire". 

Sur le continent, seuls Teodoro Obiang Nguema en Guinée Equatoriale et Paul Biya au Cameroun ont passé plus de temps au pouvoir sans interruption que M. Museveni.

Mardi, dernier jour de la campagne, M. Wine ainsi que deux autres candidats, Patrick Amuriat et Mugisha Muntu, ont appelé les Ougandais à voter massivement et à "protéger leur vote" en surveillant le scrutin. 

"Nous vous encourageons à utiliser vos téléphones, vos caméras. Votre téléphone est une arme très puissante", a enjoint Bobi Wine. 

Si M. Museveni parle à un Ouganda rural et plus âgé, M. Wine est populaire au sein de la jeunesse, notamment urbaine, une population significative dans un pays où l'âge médian est inférieur à 16 ans. 

- Quitter Kampala -

Des craintes ont émergé quant à l'équité et la transparence du scrutin au cours de cette campagne plus violente que les précédentes, où des journalistes, des critiques du régime et des observateurs ont été empêchés de travailler.

L'ambassadrice américaine en Ouganda, Natalie Brown, a annoncé mercredi que les Etats-Unis annulaient une mission d'observation prévue pour ce vote, la majorité de leurs observateurs s'étant vu refuser une accréditation par le gouvernement. 

La veille, M. Museveni, un des poids lourds politiques de la région, a confirmé dans une intervention télévisée la suspension des réseaux sociaux et des services de messagerie, tels Facebook, Twitter, WhatsApp, Signal et Viber, expliquant que cette mesure venait sanctionner la fermeture par Facebook de plusieurs comptes liés au pouvoir. 

"Qu'elle constitue un acte de censure délibéré ou une mesure de représailles puérile, cette décision va continuer à détériorer un peu plus les conditions d'un débat public ouvert, pluraliste et transparent", a réagi mercredi l'ONG Reporters sans frontières (RSF).

Les violences ont émaillé la campagne: arrestations d'opposants, tirs de gaz lacrymogènes et parfois de balles réelles sur leurs partisans. En novembre, au moins 54 personnes ont été tuées par la police au cours d'émeutes déclenchées par une énième arrestation de Bobi Wine.

A Kampala, où la présence militaire était très forte jeudi dans les rues. De nombreux habitants se sont pressés ces derniers jours dans les gares routières pour rejoindre leur bureau de vote ou pour quitter la ville par peur de violences.

"Lors des précédentes élections, il y a toujours eu du chaos à Kampala. Je pense que cette fois, avec toute la tension qu'il y a, il devrait y avoir beaucoup de violences", déclarait ainsi mardi à l'AFP Charles Abigaba, un comptable de 31 ans, qui se rend à Masindi (ouest) pour voter mais compte y rester après l'élection par crainte pour sa sécurité.

AFP

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