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Les Banguissois se jaugent en attendant le résultat de la présidentielle

Bangui résonne de son brouhaha habituel lundi, les nuée de moto-taxis se frayent un passage à coups de klaxon... Une animation qui tranche avec la veille: les habitants semblaient avoir retenu leur souffle en allant aux urnes sous la menace d'une rébellion ayant juré de "marcher sur la capitale".

Mais les Casques bleus de l'ONU et les soldats centrafricains -il est vrai largement épaulés par des renforts de centaines de paramilitaires russes et de soldats d'élite rwandais - ont tenu les groupes armés à bonne distance et les élections présidentielle et législatives se sont déroulées sans incident à Bangui, contrairement au reste du pays où de très nombreux électeurs n'ont pu accomplir leur devoir.

Mais, comme en 2013 et 2014, au début de la guerre civile, quand deux coalitions armées se sont entretuées et ont massacré des civils jusque dans la capitale, chacun sait que les rebelles peuvent s'être infiltrés et entretiennent des partisans. Alors certains habitants laissent éclater leur soulagement quand d'autres parlent du bout des lèvres pour ne pas être étiquetés.

Et ils se jaugent, en attendant les résultats mi-janvier d'un scrutin que les politologues et l'opposition, convaincue qu'il va recourir aux fraudes massives pour obtenir un second mandat, disent remporté d'avance par le président sortant Faustin Archange Touadéra.

Ce dernier accuse l'ex-chef de l'Etat François Bozizé, renversé en 2013 par une coalition de groupes armés, la Séléka, de mener ces derniers jours une "tentative de coup d'Etat" à la tête de la rébellion.

- Patrouilles -

A Boy-Rabe, quartier populaire adossé à une colline dans le nord de la capitale, considéré comme plutôt favorable à M. Touadéra, les marchands étalent fruits et légumes le long de la route et les motos-taxis attendent le client à l'ombre des arbres.

Des soldats centrafricains et des Casques bleus lourdement armés patrouillent comme chaque jour, plus visibles cependant depuis le début de la campagne électorale. La photo de M. Touadéra s'étale sur le mur de la permanence de son parti, Mouvement Coeurs Unis (MCU).

"Je sais qu'il n'y aura qu'un seul tour, je sais que le président Touadéra va gagner", s'enthousiasme Davy Fiacre, 28 ans, l'index encore bleu témoignant de son vote la veille. "Ce sont les groupes armés qui sèment le désordre dans l'arrière-pays", lance-t-il en évoquant ces mouvements, rebelles ou crapuleux,qui, depuis le début de la guerre civile en 2013, occupent les deux tiers du territoire.

"Le peuple africain a besoin de stabilité", avance, plus prudemment, Tononi Vialar, en plein coeur de Boy-Rabe, à propos du scrutin.

Dans les rues perpendiculaires à la route Ndri, le long de pistes de terre, les maisons décaties se succèdent, aux parpaings apparents surmontées de tôles. Le quartier Kaïmba, qui jouxte Boy-Rabe, est réputé pro-Bozizé.

- "Pas le quartier de Bozizé" -

La candidature de l'ex-président avait été invalidée par la Cour constitutionnelle au motif, notamment, qu'il avait soutenu les milices anti-balaka, accusées comme la Séléka en 2015 par l'ONU de crimes de guerre et crimes contre l'Humanité.

Et M. Bozizé a annoncé dimanche publiquement qu'il soutenait la rébellion.

Mais à Kaïmba aujourd'hui, on tente - ou on feint de tenter - de se défaire de cette étiquette. "Ce n'est pas le quartier de Bozizé, c'est le quartier des Centrafricains", s'énerve un habitant.

"Les gens prennent ce quartier pour celui de Bozizé mais ce n'est pas le cas", renchérit Georges Namkoïsse, chef de quartier et cultivateur de 62 ans qui reçoit dans son jardin. Il évoque les menaces régulièrement proférées.

Les rumeurs d'enlèvements et d'assassinats pullulent dans Kaïmba. "Nous, les vieux, nous avons peur, les femmes et les enfants ont peur, car nous avons cette image de quartier pro-Bozizé", se lamente Georges.

Le chef de village, qui a voté dimanche, aspire désormais à la paix, et espère que cette élection ne sera pas entachée d'irrégularités. "Il ne faut pas qu'il y ait des fraudes car cela va causer encore d'autres problèmes", redoute-t-il. 

AFP

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