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Debretsion Gebremichael: l'homme fort et discret du Tigré

Debretsion Gebremichael, président déchu et en fuite de la région éthiopienne du Tigré, a passé sa jeunesse dans le maquis au sein du Front de libération du Peuple du Tigré (TPLF), avant d'en gravir les échelons, une fois le parti installé aux commandes à Addis Abeba.

Vendredi, l'armée éthiopienne a promis une récompense de 10 millions de birrs (environ 210.000 euros) à quiconque permettrait de localiser la direction du TPLF, dont M. Debretsion, en fuite depuis la prise par les troupes fédérales de la capitale régionale Mekele le 28 novembre, et injoignable depuis près de deux semaines.

M. Debretsion - dont on ignore la date de naissance - est né dans la ville de Shire, au Tigré, au sein d'une famille chrétienne orthodoxe. Il abandonne ses études dans les années 1970 pour rejoindre le TPLF, alors fer de lance de la lutte armée contre le régime militaro-marxiste du Derg (1974-1991) d'Hailemariam Mengistu.

Il se spécialise dans les communications et la propagande, participant notamment à la création de la radio du mouvement, Dimtsi Weyane, "la Voix de la Révolution" en tigrinya.

Son unité est réputée très mobile, se déplaçant à dos d'âne et se cachant dans des grottes pour installer des antennes dans les montagnes du Tigré. Outre la diffusion des messages pro-TPLF et anti-Derg, ces antennes interceptent également les communications de l'armée éthiopienne.

- "Convertir les gens" -

De ces années, cet homme de petite taille à la voix douce, réputé calme et travailleur, retire une certitude: "la communication était centrale pour notre lutte, elle était pour nous l'essence de la lutte", a-t-il raconté en 2008 à Iginio Gagliardone, chercheur à l'Université sud-africaine de Wits et auteur de "Politics of Technology in Africa".

La communication a permis de "mobiliser la société contre le régime du Derg" et "de convertir les gens, de leur faire penser de façon différente", lui a-t-il expliqué.

En 1991, le TPLF renverse le régime d'Hailemariam Mengistu et prend le pouvoir à la tête d'une coalition de partis, l'EPRDF, qu'il contrôle totalement.

M. Debretsion reprend ses études, obtenant une maîtrise en ingénierie électrique à l'Université d'Addis Abeba, puis quelques années plus tard un doctorat en communications et développement d'une université américaine en ligne.

Il retourne ensuite au TPLF où ses compétences et sa loyauté lui valent des postes importants qui le placent au coeur du secteur des télécoms et de la communication, aux mains de l'Etat-TPLF.

Il est notamment directeur adjoint du puissant Service national de renseignement et de sécurité (NISS), président d'Ethio Telecom, l'unique opérateur du pays, ministre des Télécommunications et des Technologies de l'Information et directeur général de l'Agence éthiopienne de développement des Technologies de l'Information et de la Communication.

Il est aussi, à cette époque, au coeur du développement et de l'extension par le gouvernement d'une infrastructure permettant de diffuser de la propagande, de contrôler l'information et de mener une surveillance élargie et souvent intrusive des citoyens.

M. Debretsion personnifie "les forts liens entre Ethio Telecom, l'appareil de renseignement et le ministère des Communications", expliquait en 2014 Human Rights Watch, alors que l'intéressé était l'un des trois vice-Premiers ministres du pays.

Fin 2017, Debretsion prend la tête du TPLF, alors cible d'un mouvement de contestation inédit en près de 30 ans de pouvoir, qu'il est incapable d'endiguer.

En 2018, le Premier ministre Hailemariam Desalegn cède à la rue et démissionne. M. Debretsion se porte candidat à sa succession, mais est largement battu par Abiy Ahmed, un Oromo, signe des divisions au sein du TPLF et de sa perte d'influence au sein de l'EPRDF.

- La retraite au Tigré -

M. Abiy marginalise progressivement le TPLF et leurs relations s'enveniment, jusqu'à ce que le Premier ministre fonde l'EPRDF en un seul parti, au sein duquel la formation de la minorité tigréenne (6% de la population éthiopienne) aura perdu tout pouvoir.

Retiré au Tigré, où il dirige les institutions régionales qui disposent notamment d'importantes forces de sécurité, M. Debretsion défie le pouvoir fédéral, jusqu'à organiser de manière unilatérale un scrutin régional déclaré "illégitime" par Addis Abeba et entraînant des mesures de rétorsion puis une intervention de l'armée fédérale le 4 novembre.

Chassé de Mekele après trois semaines de conflit, M. Debretsion a juré de poursuivre la lutte contre "l'envahisseur" depuis les montagnes du Tigré, là même où dans sa jeunesse, il a appris les principes de la guérilla.

AFP

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