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Rapt de masse au Nigeria: un "terrible message politique" de Boko Haram

Boko Haram a envoyé "un terrible message politique" en affirmant être derrière le rapt de masse de lycéens dans le nord-ouest du Nigeria, au grand dam du président Muhammadu Buhari et de l'armée, incapables d'arrêter la propagation des violences.

Le pensionnat attaqué vendredi soir est situé dans l'Etat de Katsina, à plusieurs centaines de kilomètres du bastion de l'insurrection jihadiste, dans le nord-est du pays.

"C'est un terrible message politique, une preuve de son expansion territoriale dans le nord du pays", affirme à l'AFP Bulama Bukarti, analyste pour l'Afrique subsaharienne à l'Institut Tony Blair.

Avec cette attaque, leur chef Abubakar Shekau veut signifier "sa toute puissance et montrer qu'il n'est plus seulement confiné dans sa zone", abonde Yan Saint-Pierre, qui dirige le centre d'analyse en sécurité Modern Security Consulting Group.

Et pourtant, selon les experts, cet enlèvement de masse - au moins 333 garçons, selon les autorités - n'a rien de surprenant.

Depuis près de dix ans, le nord-ouest et le centre du Nigeria sont en proie aux violences de groupes criminels surnommés "bandits", forts de plusieurs centaines d'hommes armés, qui multiplient les enlèvements contre rançons et volent le bétail.

Jusque récemment, ces groupes armés disparates étaient surtout motivés par l'appât du gain, opérant sans motivation idéologique ou religieuse.

- "Outil de propagande" -

Mais depuis quelques années "des alliances se sont noués entre les bandits du nord-ouest et les groupes jihadistes du nord-est", souligne Jacob Zenn, chercheur à la Fondation Jamestown, un institut basé à Washington.

Le chef de Boko Haram Abubakar Shekau n'avait jamais revendiqué d'attaques dans cette région, mais il avait toutefois diffusé des vidéos montrant des centaines de bandits lui prêtant allégeance dans différents Etats.

"Et des sources sécuritaire nigérianes ont observé un soutien logistique et financier du groupe de Shekau à des groupes présents dans le nord-ouest", ajoute M. Zenn.

Pas de surprise non plus du côté de la méthode: il y a six ans, le groupe avait acquis une sinistre renommée internationale en enlevant 276 jeunes filles dans leur internat de Chibok.

L'attaque avait ému la planète entière qui s'était rassemblée sur les réseaux sociaux derrière le hashtag BringBackOurGirls (Ramenez-nous nos filles).

"Le kidnapping est un excellent outil de propagande pour Boko Haram", souligne M. Bukarti. "L'émotion de Chibok est passée et ce nouvel incident va permettre au groupe de rester dans la lumière des médias internationaux".

A l'époque, les négociations avec le gouvernement avaient permis au groupe de récupérer des ressources financières importantes et de faire libérer plusieurs de ses combattants emprisonnés, en échange d'une partie des otages. Mais la moitié des jeunes filles sont toujours en captivité aujourd'hui.

- Du Mali au lac Tchad -

L'attaque nourrie surtout de très fortes inquiétudes alors que la région du nord-ouest est considéré comme stratégique.

Des experts mettaient en garde depuis quelque temps sur un risque de rapprochement entre ces différents groupes et territoires.

"C'était perçu comme exagéré et alarmiste, pourtant, il semble désormais que le théâtre jihadiste au Mali et Niger, et celui au Nigeria et lac Tchad, soient de plus en plus en train de former un seul et même théâtre", prévient M. Zenn.

L'attaque vendredi est également un terrible coup dur pour l'armée et le gouvernement nigérian, engagés à la fois contre les "bandits" dans le nord-ouest et les groupes jihadistes dans le nord-est.

C'est "un symbole de la faiblesse de l'Etat et de son incapacité à garantir la sécurité de ses citoyens", accuse M. Saint-Pierre.

Les critiques contre l'armée, qui n'arrive pas à mettre fin à l'insurrection jihadiste depuis dix ans, se sont accentuées ce mois-ci après le massacre début décembre d'au moins 76 agriculteurs par Boko Haram.

- Camouflet pour Buhari -

Des voix s'élèvent pour réclamer une réforme profonde de l'institution militaire, et le remplacement des hauts responsables sécuritaires.

Pour le président du Nigeria Muhammadu Buhari, cet enlèvement est un nouveau camouflet, d'autant plus grand que le chef de l'Etat est originaire de l'Etat de Katsina.

Son incapacité à "protéger les gens de chez lui, montre à quel point ce gouvernement, l'armée et la police sont submergés", affirme M. Bukarti.

En 2015 pourtant, le président s'était fait élire en promettant de venir à bout de l'insurrection jihadiste. Il avait alors particulièrement attaqué le bilan de son prédécesseur Goodluck Jonathan, et particulièrement son incapacité à empêcher l'enlèvement de centaines d'adolescentes.

Six ans après le rapt de Chibok, l'indignation est la même et le triste slogan de #BringBackOurGirls s'est transformé en #BringBackOurBoys (Ramenez-nous nos garçons) sur la Toile.

AFP

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