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Au Caire, une machine

Dans l'atelier typographique de l'Institut français d'archéologie orientale au Caire, la mécanique bien huilée de la vieille machine Foucher crache un à un des caractères de plomb frappés de signes hiéroglyphiques.

Inutilisé depuis 30 ans en raison d'innovations technologiques, l'appareil, qui date de 1902 et qui fond des hiéroglyphes, a repris du service au nom de la conservation du patrimoine.

"On a réussi à la redémarrer en septembre après plusieurs réparations et l'acquisition de pièces qui étaient défaillantes", explique avec fierté Mathieu Gousse, responsable du pôle édition de l'Institut.

Le premier caractère, refondu puis réimprimé en septembre lors d'essais, a été une croix de vie égyptienne. "On a été très émus", raconte-t-il à l'AFP.

Pour les besoins du projet, l'ancien opérateur de la machine, Hossam Saad, 63 ans, a dû sortir de sa retraite. Il est désormais chargé de former de jeunes ouvriers et se réjouit de leur apprendre "à faire fonctionner des machines qui n'existent nulle part ailleurs".

"Nous sommes à un moment charnière. (...) C'est le moment où on va pouvoir transmettre les connaissances, un savoir-faire à une plus jeune génération", assure M. Gousse.

- "Un grain particulier" -

Au côté de la Foucher, une machine Monotype fond des caractères latins en plomb, tandis qu'un ouvrier encre des feuillets de hiéroglyphes sur une antédiluvienne presse à platine.

A l'heure où l'impression offset et le numérique règnent sur le monde de l'édition, la remise en marche, une fois par semaine, d'un atelier typographique fait figure de curiosité dans la capitale égyptienne.

Outre la dimension patrimoniale, le projet permettra à terme d'initier "un travail avec des calligraphes ou des professionnels du livre, éventuellement des artistes pour des petites impressions, à l'aide du système typographique", affirme M. Gousse.

"Le rendu est totalement différent", dit-il en précisant que le procédé permet d'obtenir "un grain particulier pour les dessins par exemple qui peut intéresser des artistes ou des calligraphes".

Par ailleurs, nombre de chercheurs sont attachés aux hiéroglyphes entièrement noirs imprimés au plomb, qui se distinguent de ceux, évidés, des publications modernes.

Fondé en 1880, l'Institut français d'archéologie orientale permet aux chercheurs d'étudier les civilisations égyptiennes à travers l'archéologie, l'histoire ou encore la philologie.

Son directeur, l'égyptologue Laurent Coulon, voit dans le projet de remise en marche de la machine à hiéroglyphes et de l'atelier typographique une façon de "conserver toute cette histoire de l'égyptologie qui s'est créée avec l'Institut et avec l'imprimerie".

La bibliothèque et ses quelque 92.000 volumes est une référence dans le monde de l'égyptologie. Aujourd'hui, le centre dirige 35 chantiers de fouille en Egypte et continue de publier les travaux de ses chercheurs.

AFP

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