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Le difficile retour au pays d'Aboubacar Traoré, imam-migrant malien

A chaque âge de sa vie d'homme, Aboubacar Traoré a pris un nouveau départ: émigrant à même pas 20 ans, officiant comme imam autour de la trentaine. Aujourd'hui, à 43 ans, il vit la plus compliquée de ces ruptures: expulsé d'Algérie fin 2019, il doit tout recommencer au Mali.

Son parcours illustre celui de milliers de Maliens revenus de l'aventure migratoire, de gré ou de force: le départ en 1998 de Kakolo Mountan dans le sud du Mali et son rêve d'Europe brisé sur les barbelés de l'enclave espagnole de Ceuta au Maroc; le retour au village et les années passées à enseigner l'islam; un aller-retour d'un an avec l'Algérie en 2014; et un troisième départ de Kakolo Mountan en 2017, pour l'Algérie à nouveau.

Devenu maçon comme de nombreux compatriotes, il y serait resté si, un soir de novembre 2019 à Tamanrasset, il n'avait été pris dans une rafle de la police algérienne, amené à la frontière du Niger, et abandonné là, dans le désert.

L'Organisation mondiale des migrations (OIM) le récupère et l'installe dans un camp à Niamey. Coronavirus oblige, il attend jusqu'à juin d'être mis dans un avion. Direction Bamako.

Sur les listes, il est un "retourné volontaire". Il est placé dans un logement d'accueil à Bamako, où il n'y a que des jeunes de vingt ans, et lui. Tous veulent repartir.

Lui dit que "c'est fini", aux journalistes de l'AFP qui l'ont rencontré aux principales étapes de son retour.

- Culpabilité -

Il n'a pas oublié ce qui l'a éloigné du sud du Mali, terre d'émigration. Il se remémore comment les chefs du village, après son premier retour, lui avaient demandé d'être imam et d'éduquer les jeunes à la madrassa (école coranique) parce que "j'étais le seul à avoir fait des études coraniques".

Il se souvient les avoir vus grandir, puis partir un à un, la plupart vers Bamako ou les pays voisins. "La pluie ne tombe plus comme avant et la +génération 4G+ ne veut pas rester pour faire l'agriculture", dit-il.

Les familles de Kakolo Mountan reçoivent l'argent de la diaspora. Lui, sans aide et avec une famille à charge, n'arrivait plus à joindre les deux bouts, et a repris la route, pour l'Algérie parce que l'Europe, ce n'est plus de son âge.

Mais ramené au Mali il veut revoir sa femme et son fils. Sans trop le dire, il appréhende les retrouvailles au village au bout de trois ans d'absence, et la reconnaissance d'un nouvel échec.

"Une fois que tu reviens, tu es culpabilisé, tu restes celui qui envoyait l'argent et qui ne l'envoie plus", explique Amadou Coulibaly, de l'Association des Maliens expulsés (AME).

"Il y a la pression sociale, on parle de rapatriement volontaire, mais aucun ne veut rentrer pour être exclu ensuite", souligne-t-il.

Le 8 juillet, Aboubacar Traoré achète cadeaux et nourriture et, tiré à quatre épingles, monte dans un bus à destination de Kakolo Mountan.

- Précieux exode -

Pendant douze heures de trajet, il regarde les paysages, essaie de dormir. "Trois ans, ce n'est pas trois jours", répète-t-il.

Après des dizaines d'arrêt au milieu de la brousse pour déposer une chèvre ou un sac de mil, on arrive au village. Peu d'effusion, au moins devant les étrangers. La première nuit se passe en famille.

Le lendemain, il faut sacrifier à la visite à la chefferie. Site Fofana, le chef, évoque la valeur de l'émigration ici. "Nous sommes en vie grâce aux émigrés, tous les bâtiments ont été construits par eux", explique-t-il, égrenant le château d'eau, les deux écoles, le forage, l'hôpital...

Aboubacar Traoré écoute sans trop parler, raconte pourquoi il n'est plus en Algérie. Il sait alors qu'il va quitter le village, définitivement. "Ils pensent que je suis venu pour redevenir imam, mais c'est fini, je ne peux pas rester là, je vais commencer (une nouvelle vie) à Bamako", assure-t-il une fois chez lui.

Il part après quelques jours. A Bamako, il trouve une petite chambre en location dans une maison familiale d'un quartier périphérique. Sa femme et son fils David l'y rejoignent.

Trois mois plus tard, il y broie du noir. Il a essayé de refaire le maçon, mais un seul chantier a fait appel à lui, grâce à un ami qui voulait l'aider. "Ca va être compliqué, je ne connais personne ici", soupire-t-il. L'ancien imam s'en remet à Allah pour trouver du travail: "Je ne veux que ça !".

AFP

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