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Déboussolés, affaiblis, traumatisés: la vie lente des réfugiés mozambicains

Ils ont tout quitté face à l'avancée des groupes armés. Désormais leurs journées sont monotones mais denses en émotions: les femmes lavent, cuisinent, s'occupent des enfants, les hommes se regroupent pour se plaindre et s'inquiéter de l'avenir. 

Dans ce lycée agricole abandonné aux murs décrépis vivent plus de 600 familles, beaucoup avec des souvenirs récents d'atrocités commises par les jihadistes qui sèment la terreur, multipliant les attaques ces derniers mois dans le nord du Mozambique.

Les enfants inventent des jeux, pour passer le temps. Et oublier la peur et l'incertitude un instant. 

Sinamangue Tamu, adolescente au regard fuyant, ne tient pas à répondre aux questions de l'équipe de l'AFP. Oui elle a quitté Mocímboa da Praia, un port pris par les jihadistes en août. Oui elle s'occupe de ses trois petits frères.

Le dernier, qui a moins de deux ans, ne quitte jamais ses genoux ou son cou. Les enfants ont perdu leur mère, morte de maladie, et Sinamangue ne sait pas où se trouve son père, dont ils ont été séparés dans la panique de la fuite.

Assise sur un sac en jute, elle poursuit d'un ton hésitant, haché. Le petit dernier, accroché à elle, "refuse la nourriture d'ici". Le médecin l'a trouvé anémié. Mais il ne mange pas.

La grande s½ur, chargée de famille à moins de 20 ans, mange trois fois par jour, toujours le même repas. Des pois et de la farine de maïs. C'est tout ce qu'il y a. 

Les filles de son âge sautent à la corde. Elle reste tranquille, le petit dort contre elle, enveloppé dans un tissu.

La fratrie est arrivée dans le camp de gens déplacés avec un homme qui les connaissait à peine, rencontré dans la confusion de l'exode. "Un type derrière son volant m'a déposé ces enfants, il m'a demandé de m'assurer qu'ils atteignent le centre", raconte-t-il à l'AFP.

- Dispersés et affamés -

Un peu plus loin, Issa Ali, 53 ans, vient de la même région. Lui aussi a tout quitté quand les "scélérats" ont mis le feu à son village. 

Caché dans la brousse, il est revenu après leur départ. Tout, vêtements, matelas, nourriture, tout avait brûlé.

Il a marché et marché. Et a atterri là. Il n'a pas de nouvelles de sa femme et de leurs dix enfants. Il sait seulement qu'ils sont dispersés sur les petites îles en face de la côte.

"Ici on mange mal", reprend-il, en faisant la grimace. "Ils nous donnent un sac de pois de 50 kilos pour trente jours. Rien d'autre, même pas d'huile. Donc c'est de l'eau, du sel, des pois". Il dort mal aussi, à même le sol en béton depuis trois mois. 

Un autre survivant de Mocimboa veut se faire entendre. "Eh monsieur journaliste, ici on a faim. Si vous voyez des gens affamés, ne soyez pas surpris. Il n' y pas assez et le gouvernement le sait".

Les autorités locales sont mobilisées mais n'arrivent pas à suivre, reconnaît Bartolomeu Muibo, qui aide à organiser la distribution. 

"Nous avons une liste mais vu le nombre d'atrocités, des familles arrivent et n'y figurent pas initialement. Alors elles doivent attendre la prochaine distribution, ce n'est pas toujours juste", explique-t-il.

Échangeant leurs terribles histoires, ces survivants évoquent parfois, tout doucement, l'avenir. 

Ngulia Samuel, 30 ans, a quitté à la hâte ses terres cultivées en avril. Il a commencé ici un petit commerce: il va à Pemba, la capitale de la province à 45 km, achète des produits de première nécessité et les revend pour un petit profit. 

"Tant qu'il y aura la guerre, je ne ferai pas d'affaires, pas de vrai métier". 

AFP

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