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Soudan: un tailleur reprise les vêtements et le coeur des réfugiés du Tigré

Ils ont fui la guerre dans la région du Tigré, en Ethiopie, avec pour seuls vêtements ceux qu'ils portaient sur le dos mais la chance a voulu qu'un tailleur hors norme officie dans le camp de réfugiés d'Oum Raquba au Soudan.

Des dizaines de personnes se pressent chaque jour devant la boutique de fortune d'Omar Ibrahim.

Avec sa machine à coudre à pédale antédiluvienne, qu'il loue à un villageois, ce réfugié éthiopien de 25 ans redonne une pincée de dignité à ceux qui ont tout perdu: il leur confectionne de nouveaux vêtements ou raccommode les accrocs des leurs.

"Je suis arrivé ici il y a un mois" de Humera, ville du Tigré, raconte-t-il à l'AFP tout en cousant une robe en coton rouge et blanc.

"Je n'avais rien et rien à faire. Rester les bras croisés n'allait pas améliorer ma situation alors j'ai décidé de faire la seule chose que je sais faire: la couture", explique cet homme à la fine barbe noire.

Il confie avoir conclu un accord avec un Soudanais du village d'Oum Raquba. En échange de la machine à coudre rouillée, il remet la moitié de ses bénéfices à son propriétaire.

"Maintenant, je suis plus heureux qu'à mon arrivée", assure le tailleur, d'où émane une forme de sérénité, malgré les épreuves traversées. A Humera, il possédait une boutique équipée de trois machines à coudre et s'était spécialisé dans la confection pour dames.

Au camp accueillant plus de 13.000 réfugiés, il répare, coud, crée des vêtements pour hommes, femmes et enfants.

"Quand je donne de nouveaux vêtements aux gens, ils se sentent heureux parce qu'ils sont venus ici sans rien", confie M. Ibrahim qui, comme tous les tailleurs à travers le monde, porte son mètre ruban couture autour du cou.

Malgré ses malheurs, il reste convaincu de l'utilité d'aider sa communauté. "Lorsque vous faites du bien aux gens, de bonnes choses pour les gens, vous recevez du bien en échange", relève-t-il.

Un rideau confectionné avec un vieux tissu gris fait office de porte pour sa boutique. Comme de nombreux abris des réfugiés, les murs et les plafonds sont de paille et de bois.

- "Un seul peuple" -

Quelque 49.000 Ethiopiens ont fui du Tigré vers le Soudan depuis que le gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed a lancé une offensive meurtrière contre le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) le 4 novembre. Ils vivent dans des camps près de la frontière, dépendants de l'aide humanitaire.

Beaucoup n'ont pas les moyens de payer le tailleur pour ses services.

"S'ils peuvent me payer, je leur facture. Mais s'ils n'ont pas d'argent, je les aide gratuitement", relève-t-il. "Nous appartenons tous à un seul peuple, il faut s'entraider".

Concentré sur sa machine, il décrit ses derniers jours à Humera. "Il y a eu tellement de bombardements et beaucoup de morts que nous n'avons pas pu enterrer", raconte le tailleur, s'inquiétant pour ses parents âgés restés à Humera.

Travailler l'aide à la fois à gagner sa vie et à combattre sa tristesse. "Je ne suis pas meilleur qu'un autre. Je dois travailler pour gagner ma vie. Dieu merci, je suis vivant", assure-t-il.

Puis il se tourne vers Salam. Cette mère de trois enfants, âgée de 25 ans, est venue avec le jean's bleu de son fils de neuf ans Emmanuel qui a besoin d'être réparé.

Son benjamin Eyoub attaché à son dos dans un foulard en coton, elle raconte à l'AFP que ce pantalon est le seul de son fils aîné. 

"Je suis venue ici pour le réparer parce qu'il y a un trou. Nous avons fui le Tigré pour sauver la vie des enfants. Mais nous n'avons pas d'autres vêtements que ceux que nous portons", explique cette femme.

Omar Ibrahim reprise le trou en quelques minutes et facture à Salam 50 livres soudanaises (20 cents d'un dollar américain).

Salomon, un homme de 29 ans vêtu d'un T-shirt gris et de jean's couverts de poussière, fait l'éloge du tailleur.

"Il aide les gens", dit-il, ajoutant que sans lui beaucoup n'auraient rien pour s'habiller. "Il rend nos vêtements comme neufs".

AFP

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