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Ethiopie: le gouvernement assure oeuvrer au retour

Le gouvernement éthiopien assure lundi être en train de rétablir l'ordre et les services de base au Tigré, toujours privé d'approvisionnement à l'issue d'un mois de conflit armé et où la situation sécuritaire empêche l'acheminement de l'aide humanitaire.

Addis Abeba, qui a annoncé le 28 novembre la prise de la capitale régionale Mekele, réaffirme lundi qu'est "terminée la phase active" de l'opération militaire lancée par le Premier ministre Abiy Ahmed, Prix Nobel de la Paix 2019, contre le Front de libération du Tigré (TPLF), parti qui dirigeait cette région du Nord du pays et défiait son autorité depuis des mois.

"Actuellement, la tâche principale du gouvernement est de (...) rétablir l'ordre public, garantir l'accès illimité de nos citoyens des zones touchées à l'aide humanitaire et réinstaller ceux ayant été contraints de franchir les frontières, et rétablir les services de transport et communications", explique le cabinet de M. Ahmed dans un communiqué.

Les Nations unies, qui ont récemment obtenu d'Addis Abeba un accès humanitaire au Tigré, avaient pourtant indiqué vendredi que l'acheminement de l'aide était compliqué par la persistance de combats.

En outre, dimanche, des soldats gouvernementaux ont entravé une mission de reconnaissance des services de sécurité de l'ONU au Tigré, ont indiqué lundi à l'AFP quatre sources onusiennes ayant requis l'anonymat.

L'équipe onusienne s'est vu refuser l'accès à un camp abritant depuis plusieurs années des réfugiés érythréens près de la localité tigréenne de Shire et a dû faire demi-tour, ont expliqué ces responsables.

Arrivés dans la localité d'Humera, aux confins de l'Erythrée et du Soudan, ses quatre membres - deux Ethiopiens et deux étrangers - ont été arrêtés. Ils ont depuis été libérés et ont regagné la région voisine d'Amhara, selon ces sources.

Cet épisode est susceptible de ralentir encore l'acheminement de l'aide au Tigré, l'ONU souhaitant auparavant terminer d'évaluer la situation sécuritaire, puis quantifier les besoins.

- Plus de soins à Mekele -

Les sévères restrictions d'accès au Tigré et les réseaux de communications encore largement hors service rendent difficile d'évaluer la situation sur le terrain et la vérification indépendante des informations.

A Mekele, un médecin de l'hôpital local ayant requis l'anonymat a accusé dimanche des soldats de se livrer à de "nombreux pillages" dans la ville "privée (...) de système formel de maintien de l'ordre".

Des habitants mécontents ont bloqué des rues, a-t-il dit à l'AFP, affirmant que deux manifestants avaient été tués et quatre grièvement blessés par des tirs de soldats éthiopiens.

La situation "est très critique" dans le principal hôpital de la ville, où les soins ont cessé, "dont ceux aux blessés, car il n'y a plus d'électricité, plus de carburant pour le générateur, plus de gants, plus d'analgésiques, plus d'antibiotiques, plus de repas pour les patients et le personnel", a également affirmé ce médecin.

Se basant sur les corps entreposés à la morgue et les personnes accueillies à l'hôpital, le médecin a indiqué que 27 civils avaient été tués et plus de 100 blessés par "des tirs d'artillerie et de roquettes contre des civils et des infrastructures civiles" qui ont duré "du matin au soir" le jour de la prise de Mekele.

Le cabinet du Premier ministre réaffirme lundi que l'armée fédérale s'est emparée de la capitale régionale sans faire ni victime civile ni dégâts aux biens privés.

- Le TPLF "en déroute" -

Le gouvernement promet également lundi qu'il va "rapatrier et reloger" les plus de 48.000 Ethiopiens réfugiés ces dernières semaines au Soudan "dans un court délai". 

Mais vendredi, le commissaire européen chargé de la gestion des crises Janez Lenarcic avait indiqué que ceux qu'il venait de rencontrer au Soudan lui avaient "tous dit être trop apeurés" pour rentrer chez eux.

Le gouvernement dit également lundi ½uvrer à "traduire en justice les fugitifs", en référence aux dirigeants en fuite du TPLF. Avant de se replier dans son fief du Tigré, le parti a durant près de 30 ans détenu le pouvoir réel à Addis Abeba, avant d'en être progressivement écarté par M. Abiy, devenu Premier ministre en 2018.

Samedi, un colonel de l'armée fédérale, Shambel Beyene, a affirmé à la télévision Fana BC, proche des autorités d'Addis Abeba, que l'armée avait "bombardé" une cachette supposée des dirigeants du TPLF, parmi lesquels le président du Tigré, Debretsion Gebremichael, à environ 75 km au nord-ouest de Mekele.

Lundi, le gouvernement a également rejeté l'éventualité d'une guérilla menée par les forces résiduelles du TPLF au Tigré, assurant que ce dernier était "défait" et "en déroute".

AFP

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