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Burkina: l'opposition fait monter la pression

L'opposition a fait monter la pression samedi au Burkina Faso à la veille des élections, accusant le pouvoir de préparer une "fraude massive" et menaçant de ne pas reconnaître les résultats en cas de victoire dès le premier tour du président sortant Roch Marc Christian Kaboré.

Cette annonce survient alors que le pays vit ses heures les plus sombres depuis l'indépendance en 1960, miné par des attaques de groupes jihadistes qui ont fait au moins 1.200 morts en cinq ans. 

Signe de la tension ambiante, un citoyen américain a été tué samedi par des forces de sécurité devant un camp militaire de Ouagadougou.

"C'est un regrettable accident (...) Face à son refus d'obtempérer, suivi d'une tentative de fuite, ils (soldats) ont procédé à des tirs (...) Il a aussitôt été évacué vers un centre de santé où il a malheureusement rendu l'âme", a expliqué une source sécuritaire burkinabè. Une source diplomatique américaine a confirmé la mort d'un ressortissant des Etats-Unis.

La situation est notamment très tendue autour des camps et bases militaires souvent ciblés par les jihadistes en province mais aussi une fois à Ouagadougou. Le 2 mars 2018, des attaques simultanées visant l'état-major des armées dans la capitale et l'ambassade de France avaient coûté la vie à huit militaires de l'état-major.

Le chef de file de l'opposition Zéphirin Diabré, principal challenger du président sortant, et cinq autres candidats ont dénoncé lors d'un point presse à Ouagadougou des fraudes dans l'organisation du double scrutin présidentiel et législatif de dimanche.

"Il est clair qu'il y a une grande opération orchestrée par le pouvoir en place", a déclaré M. Diabré, évoquant "une fraude massive pour légitimer" une victoire au premier tour du président Kaboré et menaçant de ne "pas accepter des résultats entachés d'irrégularité".

"Il est absolument inconcevable après avoir parcouru tout le Burkina Faso de penser avoir un parti gagnant dès le premier tour", a martelé M. Diabré, avec à ses côtés Eddie Komboïgo, candidat du parti de l'ancien président Blaise Compaoré et présenté comme le troisième homme du scrutin.

Le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) de Blaise Compaoré, qui avait été interdit de scrutin en 2015, est en effet de retour, l'ex-président semblant bénéficier d'un certain retour en grâce dans l'opinion publique burkinabè.

Le clan Kaboré a promis, comme en 2015, une victoire au premier tour de ce scrutin considéré comme le plus ouvert de l'histoire du Burkina, pays agricole et minier très pauvre d'Afrique de l'Ouest, qui a connu de multiples coups d'Etat depuis son indépendance.

Samedi soir, il a "réfuté" les "allégations de fraude annoncées par l'opposition pour préparer les esprits à la publication des résultats", selon le président du parti présidentiel, Simon Compaoré, affirmant ne pas avoir besoin "d'une quelconque fraude pour gagner les élections".

- "Hantise" du second tour -

Un victoire "un coup KO" permettrait à M. Kaboré d'éviter un second tour contre un candidat soutenu par l'ensemble de l'opposition, une "hantise", selon le professeur de sciences politiques Drissa Traoré.

En 2015, le parti "avait réussi cet exploit (d'une victoire au premier tour) mais c'était surtout grâce à son faiseur de roi", le défunt président du parti présidentiel Salif Diallo, réputé stratège politique, décédé en 2017,dit-il.

Il n'y a jamais eu de second tour dans une élection présidentielle au Faso jusqu'à présent.

Vendredi lors de son dernier meeting de campagne, le président Kaboré avait raillé ces accusations de fraude, déjà prononcées par M. Diabré: "Comment peut-on anticiper des fraudes?", s'était interrogé le président devant des dizaines de milliers de militants.

Il avait moqué "ceux qui ne savent même plus comment des élections se passent".

- Heures les plus sombres -

Cette montée en pression samedi se produit après une campagne sans entrain véritable, hormis la maigre effervescence des meetings où la présence de milliers de personnes était "motivée" par un petit billet de banque.

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a salué vendredi le "climat de respect mutuel durant le processus électoral".

Quelque 6,5 millions de Burkinabè inscrits sur les listes électorales doivent élire leur président et leurs députés.

Le nombre de personnes déplacées du fait de ces attaques a augmenté de façon exponentielle en deux ans jusqu'à atteindre le million, soit 5% de la population burkinabè, des pans entiers du territoire échappant au contrôle de l'Etat.

L'élection ne pourra pas se tenir sur au moins un cinquième du territoire, la crainte d'attaques jihadistes le jour du vote étant dans tous les esprits.

Des membres de forces de sécurité, dont le nombre n'a pas été révélé, ont été déployées dans tout le pays.

AFP

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