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Tanzanie: l'opposant Lissu déterminé

Réfugié en Belgique, le principal opposant tanzanien Tundu Lissu ne sait pas quand il retournera dans son pays mais ce survivant est déterminé à "continuer la lutte" pour la démocratie.

"Je rentrerai. Je ne sais pas quand mais je ne peux pas rester en Europe indéfiniment. Le plus important maintenant, c'est de poursuivre la lutte", a déclaré à l'AFP l'ancien candidat à la présidence de son pays, contraint de fuir pour des raisons de sécurité et de santé.

Il a éprouvé dans sa chair ce que peut coûter de s'opposer au pouvoir tanzanien après une tentative d'assassinat en 2017, à motivation politique selon lui. Grièvement blessé par balles, il avait été évacué en Belgique où il a subi plusieurs opérations.

Il est aujourd'hui de retour dans la ville flamande de Tirlemont (Tienen en néerlandais) qu'il avait quittée en juillet pour faire campagne contre le président John Magufuli. Ce dernier a réélu fin octobre avec plus de 84% des voix et son parti (CCM) a raflé la quasi-totalité des sièges aux législatives. Des scrutins qualifiés de mascarade par l'opposition et des diplomates.

L'opposant de 52 ans, qui boite à la suite de ses blessures, connaissait les risques d'une telle candidature.

Il n'a pas été surpris de la victoire écrasante de son adversaire.

Avant le vote, il avait été contacté par un homme qui s'est présenté comme un haut gradé de l'armée.

"Ce général m'a dit: +Magufuli aura 12 millions de voix et vous trois millions. C'est ce qu'ils ont décidé+", a-t-il raconté à l'AFP.

"Et vous savez quoi ? C'est exactement ce que Magufuli a obtenu - environ 12,5 millions. Je n'ai pas eu trois millions mais 1,9 million", précise-t-il.

Les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont demandé à la Tanzanie d'enquêter sur les allégations d'irrégularités électorales et de violences, au cours desquelles 20 personnes sont mortes, selon l'opposition. 

Ce qui a suivi la proclamation des résultats n'était pas non plus inattendu mais l'a terrifié.

- Menaces de mort -

"Immédiatement après l'élection, ou cette prétendue élection, le service de sécurité qui m'avait été assigné durant la campagne a été retiré", relate l'opposant.

"Le lendemain, j'ai commencé à recevoir des menaces de mort".

Il décide alors de quitter son domicile tant il était clair pour lui que l'auteur anonyme des menaces agissait pour le compte des services de sécurité ou des services secrets.

"J'étais choqué. J'avais peur. Se faire tirer dessus est la chose la plus terrible que vous puissiez imaginer", confie M. Lissu, qui se souvient encore du bruit des projectiles lorsqu'il avait été pris pour cible il y a trois ans.

"La douleur et l'effondrement de votre corps sont horribles", se rappelle celui qui a été victime de 16 blessures par balles. "M'en souvenir a été terrible. Je tremblais. J'ai fui".

Il se réfugie chez des amis, puis par peur de les mettre en danger, décide de rejoindre l'ambassade d'Allemagne à Dar es Salaam, la capitale économique.

Il a été arrêté mais des diplomates allemands qui le suivent jusqu'au centre de détention parviennent à la faire libérer, explique-t-il.

Tundu Lissu est arrivé en Belgique mercredi où il a retrouvé son épouse Alicia, après un périple qui l'a fait transiter par Addis Abeba puis Vienne.

M. Magufuli a rejeté les accusations de fraude électorale et averti vendredi que la liberté, les droits et la démocratie avaient "des limites". "J'espère que je me fais bien comprendre", a-t-il lancé.

M. Lissu n'a lui pas perdu espoir dans la démocratie, porté par le large soutien qu'il dit avoir constaté lors de sa campagne. "La communauté internationale doit savoir ce qui se passe en Tanzanie, elle doit savoir qu'un régime autocratique a pris le pouvoir".

"La campagne a montré que notre peuple n'a pas été broyé, que sa détermination à lutter pour la démocratie n'a pas été brisée", conclut-il.

AFP

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