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La Tanzanie pendant le premier mandat du "bulldozer" Magufuli

Le président tanzanien John Magufuli, 60 ans, est arrivé au pouvoir en 2015 en se présentant comme un homme proche du peuple et déterminé à lutter contre la corruption.

S'il a rempli certaines de ses promesses, sa présidence est surtout marquée par une dérive autoritaire et une restriction des libertés individuelles. Voici les principales dates de ce premier mandat, que M. Magufuli remet en jeu lors des élections mercredi. 

- 2015: un grand coup de balai

A peine élu en octobre, M. Magufuli fait le ménage: des dizaines de fonctionnaires sont suspendus pour des malversations présumées, les coûteuses célébrations de l'indépendance sont remplacées par une opération de nettoyage des rues...

Sur Twitter, le hashtag #WhatWouldMagufuliDo ("Que ferait Magufuli?") fait fureur sur un continent où de nombreux habitants excédés par la gabegie et le clientélisme voient en lui le dirigeant qu'ils aimeraient avoir.

- 2016: le temps de la répression

M. Magufuli fait interdire des meetings politiques et suspend la retransmission en direct des travaux du Parlement. L'opposition crie à l'atteinte aux libertés publiques.

Mi-2016, les autorités se lancent dans ce que Human Rights Watch qualifie "de répression inédite" contre les droits de la communauté LGBT, avec une vague d'arrestations.

En novembre, une législation prévoit de fortes amendes contre les médias reconnus coupables de diffamation, sédition ou publication de fausses informations.

En décembre, le cofondateur d'un site de lanceurs d'alerte est arrêté pour avoir refusé de révéler les noms des contributeurs de son site.

- 2017: secousses dans le secteur minier

Une commission d'enquête tanzanienne évalue à quelque 75 milliards d'euros les pertes fiscales engendrées par les fraudes liées à l'exploitation minière depuis 1998, principalement la non-déclaration de revenus par des sociétés étrangères.

La Tanzanie accuse Acacia Mining, une société minière détenue par le Canadien Barrick Gold, d'être à l'origine d'une grande partie de ces pertes et d'opérer sans enregistrement.

Les deux parties concluent ensuite un accord prévoyant un partage à part égales des bénéfices de trois mines d'or et le versement de 300 millions de dollars à la Tanzanie.

En juin, M. Magufuli affirme par ailleurs que les adolescentes enceintes devraient être renvoyées des écoles.

En septembre, après avoir été arrêté six fois pour la seule année 2017, l'opposant Tundu Lissu - candidat à la présidentielle de mercredi -, se fait tirer dessus à 16 reprises. Une tentative d'assassinat politique, pour son parti.

- 2018: de mal en pis

L'Eglise catholique accuse le gouvernement de M. Magufuli de violer les principes démocratiques et de mettre en péril l'unité nationale.

Union européenne et Etats-Unis dénoncent à leur tour les attaques contre les droits humains.

Un responsable local du parti d'opposition Chadema est retrouvé battu à mort, un autre tué à son domicile. Une étudiante est victime d'une balle perdue de la police lors de la dispersion d'un rassemblement d'opposition.

En juillet, M. Magufuli annonce que son parti (le CCM) restera "au pouvoir à jamais, pour l'éternité".

- 2019: Elections boycottées

En août, le journaliste d'investigation Erick Kabendera est arrêté, puis accusé d'évasion fiscale et de blanchiment. Il est maintenu en détention provisoire pendant sept mois, jusqu'à ce qu'il plaide coupable.

En novembre, le CCM remporte les élections locales, boycottées par l'opposition.

- 2020: Le déni du coronavirus

En mars, la Tanzanie annonce son premier cas de coronavirus. Tandis que les cas augmentent rapidement, M. Magufuli accuse le ministère de la Santé de "créer la panique". Le pays arrête de diffuser ses statistiques sur le Covid-19 le 29 avril.

Le Chadema, qui dénonce le "déni" des autorités, demande à ses députés de ne plus siéger après la mort suspecte de trois parlementaires.

Dès juillet, le président Magufuli décrète que le Covid-19 n'est plus présent en Tanzanie.

En juin, un chef de l'opposition, Freeman Mbowe, est violemment frappé par des inconnus, qui lui cassent une jambe. Son parti dénonce une attaque politique.

En juillet, M. Magufuli est officiellement investi candidat du CCM tandis que Tundu Lissu, remis de ses graves blessures, rentre au pays pour la présidentielle.

AFP

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