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"Les mains en l'air!":

Hommes, femmes et enfants marchent les yeux au sol et les mains en l'air devant un check-point de fortune dans un quartier populaire de Lagos, tenu par des "policiers" en civil, armés de machettes, de bâtons, et d'arcs avec des flèches.

"Les mains en l'air! Plus haut j'ai dit!", hurle l'un de ces "agents" des forces de l'ordre dans le quartier populaire d'Obalende. 

Tongs aux pieds et habillé d'un jogging, il se présente à l'AFP comme policier et tente de rétablir l'ordre dans la mégalopole tentaculaire de 20 millions d'habitants.

"Leur manifestation a dégénéré en émeutes", explique Tadeus, le chef de la section. "Maintenant la situation est plus calme".

Vendredi, la fièvre était effectivement retombée dans plusieurs quartiers de Lagos, la capitale économique du Nigeria, après le déchaînement de violences de ces derniers jours.

Pillages de masse, destruction de bâtiments publics et de magasins, coups de feu,... la colère de la jeunesse nigériane, qui enregistre le plus grand nombre de pauvres au monde, a tout écrasé sur son passage. 

Mais au lendemain du discours télévisé du président Muhammadu Buhari, ancien général putchiste des années 1980, élu démocratiquement en 2015 et 2019, la population marchait au pas vendredi. 

Le chef de l'Etat de 77 ans, musulman conservateur réputé pour son autoritarisme et sa fermeté, n'a eu aucun mot pour les victimes de la répression sanglante des manifestations contre les violences policières qui ont fait plus de 50 morts depuis deux semaines dans tout le pays. 

Il a d'ailleurs regretté avoir fait preuve de "faiblesse" en répondant aux demandes des contestataires et en laissant la situation s'envenimer. 

Il avait notamment promis la semaine dernière de "réformer" la police, régulièrement accusée d'exaction, de racket et même d'enlèvements et de meurtres, et d'en faire une "unité moderne". 

- "Arme de la paix" -

Mettre en place des réformes prend du temps, avait-il expliqué pour tenter de calmer les manifestants.

En attendant, des agents de police sans uniforme et vraisemblablement des hommes qu'ils ont trouvé par là pour leur prêter main forte, menacent la population avec ce qu'ils ont trouvé: des planches à clous, ou encore des tuyaux en plastique qu'ils brandissent pour menacer les civils. 

"On les autorise à passer un peu, malgré les restrictions de couvre-feu, car certains sont affamés et d'autres doivent rentrer" chez eux, explique le chef Tadeus, foulard autour de la tête et ventre bedonnant sous un maillot de foot rouge et blanc. 

Il se retourne, et pointe aussitôt son bâton vers un passant: "Toi là, baisse ton drapeau! Baisse ton drapeau!"

Un jeune homme, les mains au dessus la tête, tient fermement un petit drapeau blanc et vert, comme le faisaient mardi soir, le millier de manifestants rassemblés pacifiquement sous le péage de Lekki, lorsqu'ils ont été dispersés par des tirs à balles réelles.

Au moins dix personnes y ont été tuées selon Amnesty International, et la photographie d'un drapeau national entaché de sang est aussitôt devenu le symbole de ces martyrs, morts pour la cause.

"Chef, c'est un drapeau du Nigeria. C'est juste un patriote", tempère son collègue.

"Est-ce qu'il y a du sang sur ton drapeau?", lance Tadeus. Le passant secoue la tête. Son petit drapeau est immaculé. "Allez ça va, tu peux le garder".

Tout sourire, le jeune homme traverse le check-point, les yeux satisfaits. "On n'accepte pas ce qu'il est en train de se passer", confie-t-il un peu plus loin à l'AFP. "Mais on est bien obligé de faire avec. Mais nous nous battons toujours pour avoir un meilleur Nigeria. C'est notre symbole, l'arme de la paix."

AFP

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