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"C'était violent, c'était terrible": le "mardi sanglant" de Lagos

Des fêtes et rassemblements des derniers jours, il ne reste que des bris de verre et des graffitis pour dénoncer les violences policières et réclamer une "meilleure gouvernance" au Nigeria. Mercredi, au lendemain de la tuerie du péage de Lekki, à Lagos, il ne restait que des fantômes.

Une vingtaine de soldats et de policiers ont récupéré le contrôle des lieux. Ils discutaient entre eux ou dormaient à même le sol, pendant que quelques gamins des rues ramassaient les restes des décombres: des morceaux d'acier tordus, des plaques de métal défoncées, des panneaux éventrés. 

Où iront-ils les vendre? Personne ne le sait. 

Lagos, mégalopole tentaculaire d'habitude si vivante, s'est transformée en ville morte depuis que ses 20 millions d'habitants se sont réveillés sous un couvre-feu total imposé par les autorités, et encore sous le choc des images et des vidéos virales, des "direct live" regardés en masse sur les réseaux sociaux. 

Le coup d'arrêt sanglant sur les quelque 1.000 manifestants qui défiaient les ordres de couvre-feu à Lekki a fait au moins 10 morts, selon Amnesty International.

Au total, l'ONG a recensé au moins 12 morts et des centaines de blessés dans la répression des manifestations qui ont eu lieu à travers Lagos mardi soir. 

"On n'avait pas d'armes, on n'avait même pas de bâton, tout ce qu'on brandissait c'était des drapeaux du Nigeria", raconte à l'AFP Larry Matthew, manifestant d'une trentaine d'années qui erraient encore dans les rues de Lekki 24 heures après les faits. 

"On leur criait qu'on voulait la paix, mais les soldats n'ont rien voulu savoir", poursuit-il en colère. "Avant même qu'on réalise quoi que ce soit, ils ont coupé les caméras de vidéo-surveillance, ensuite ils ont coupé les lumières et ils ont commencé à tirer. Ah! C'était violent. C'était terrible!" 

- "Cacher les preuves" - 

Tous les témoins de la répression notent que l'éclairage public et les immenses panneaux publicitaires ont été éteints avant que les forces de l'ordre, apparemment des militaires et des policiers selon les témoignages recueillis, n'ouvrent le feu sur la foule. 

Un journaliste de l'AFP a constaté également que des ouvriers en tenue de travail portaient des caméras de surveillance une heure environ avant que les forces de sécurité ne soient visibles aux abords des lieux. 

Amnesty International relève également ces détails et dénonce une "tentative évidente de cacher les preuves" de ce massacre sur la population civile. 

Le gouverneur de Lagos de son côté, a d'abord démenti sur Twitter qu'il y avait eu des victimes lors de cette répression. Avant de se raviser et effacer son tweet, pour finalement concéder une "vie perdue". 

L'armée a également nié toute implication dans cette tuerie, malgré de nombreuses vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrant des soldats tirer à balles réelles.

"Ils avaient des uniformes de l'armée! Des uniformes de l'armée!", insiste Paul Sunday, un jeune manifestant. "Ils ont attendu qu'il fasse nuit, vers 19H00, et ils nous ont attaqué par devant et par derrière", souligne-t-il. 

Désormais, sans eau et sans nourriture depuis plus de 24 heures, il erre avec une dizaine d'amis dans les rues vides et étouffantes des quartiers d'affaires de Lagos, où tous les magasins sont fermés jusqu'à nouvel ordre et les transports interrompus. 

"Nous sommes des pauvres, on se battait juste pour nos droits", dit-il. "Et maintenant nous n'avons nulle part où aller, on ne peut même plus rentrer chez nous".

AFP

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