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Nigeria: deux semaines de manifestations inédites

Depuis deux semaines le Nigeria est secoué par des manifestations initiées contre les violences policières, qui ont mué en une contestation inédite contre le régime et la mauvaise gouvernance, dont la répression a fait au moins une vingtaine de morts.      

- Vidéo virale -

Le 3 octobre, une vidéo publiée sur les réseaux sociaux montre des policiers présumés de la Brigade spéciale de répression des vols (SARS), une unité controversée de la police, abattant un homme à Ughelli, dans l'Etat du Delta (sud). 

La vidéo devient virale, suscitant le témoignage de milliers d'internautes sur les violences policières.

En quelques jours, le mot-dièse #EndSARS (en finir avec la SARS), accusée de racketter la population, d'arrestations illégales, de torture et même de meurtre, devient l'un des plus partagés au monde sur Twitter, grâce au soutien de stars de la musique nigériane, comme Davido et Wizkid.

- Manifestations - 

Le 8 octobre, des manifestations sont rapidement dispersées par les forces de l'ordre dans plusieurs villes. A Ughelli, les violences font deux morts.

Le 9, des centaines de personnes manifestent dans plusieurs grandes villes contre les violences policières et le hashtag #EndSARS devient la "tendance" la plus partagée au monde le temps d'une après-midi sur Twitter.

Le 10, un manifestant est tué par balle par les forces de l'ordre à Ogbomoso (sud-ouest).

- La SARS dissoute -

Le 11, les manifestants sont de plus en plus nombreux dans le pays, tandis que plusieurs rassemblements sont organisés par la diaspora, notamment à Londres. 

Le soir, le président Muhammadu Buhari annonce la dissolution de la SARS, après une semaine de forte mobilisation de la jeunesse.

Le gouvernement promet une réforme de la police, annonce la création de la SWAT, une nouvelle brigade qu'elle veut "éthique", et assure que les agents accusés de violences seront poursuivis. Les manifestants arrêtés sont libérés. 

- La mobilisation s'intensifie -

Mais ces annonces ne calment pas les manifestants, toujours plus nombreux. Le 12, des milliers de personnes manifestent dans plusieurs grandes villes, demandant une réforme structurelle de la police ainsi qu'une augmentation des salaires des policiers pour lutter contre la corruption. 

Certains élargissent leurs revendications, réclamant davantage de liberté et des avancées sociales dans ce pays qui compte le plus grand nombre de personnes vivant dans l'extrême pauvreté au monde et un chômage des jeunes massif. 

Les protestations dégénèrent à Surulere, quartier de classe moyenne, et un manifestant et un policier sont tués, selon le gouvernement de l'Etat de Lagos. 

- Axes bloqués, avertissement de l'armée -

Le 13, des milliers de jeunes manifestent dans plusieurs villes, bloquant notamment les deux principaux axes de Lagos, la capitale économique.

Le 15, malgré un avertissement de l'armée se disant prête "à faire respecter la loi et l'ordre" et de nouveaux incidents, des milliers de personnes marchent, chantent et dansent dans différents quartiers de Lagos. 

Le 19, l'aéroport international de Lagos et la majorité des axes routiers sont bloqués, provoquant des embouteillages monstres. Les écoles sont fermées. 

Amnesty International estime à au moins 15 le nombre de morts depuis le début de la contestation, dont deux policiers. 

A Abuja, capitale fédérale, les forces de l'ordre tirent des gaz lacrymogènes contre les manifestants. Des échauffourées éclatent, faisant trois morts et plusieurs voitures sont incendiées, selon la police.

Comme à Abuja, des manifestants sont attaqués à Benin City, capitale de l'Etat d'Edo (Sud), par des jeunes armés, accusés d'être payés par des politiques locaux. Trois postes de police sont pris d'assaut à Benin City et plusieurs prisonniers s'échappent de centres de détention. Le gouverneur d'Edo annonce un couvre-feu. 

- Couvre-feu à Lagos, manifestants tués -

Le 20, les manifestations dégénèrent avec de violents incidents à Lagos et Abuja. Un couvre-feu est instauré à Lagos à partir de 16H00, les forces anti-émeutes sont déployées à travers le pays.

Le soir, plus de 1.000 manifestants rassemblés pacifiquement sur un péage à Lagos sont dispersés par des tirs à balles réelles, après l'entrée en vigueur du couvre-feu, faisant au moins 25 blessés selon le gouverneur de l'Etat et plusieurs morts d'après Amnesty.  

AFP

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