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Bamako après le putsch ressemble comme deux gouttes d'eau

C'est comme si rien n'avait changé: moins de dix jours après le coup d'Etat militaire qui a déposé le président Ibrahim Boubacar Keïta, la capitale du Mali continue à vivre au rythme de ses activités et difficultés habituelles.

"Je vous mets au défi de trouver un seul élément différent en dehors du couvre-feu", dit dans un éclat de rire Abdoulaye Sidibé, tenancier d'une petite boutique comme il en existe mille à Bamako.

On y trouve de tout: oeufs, sodas, cigarettes, pain, riz au poids stocké dans des gros sacs de 50 kg... Les enfants du quartier de Torokorobougou viennent comme à l'accoutumée y faire les courses des parents pour le repas du jour et plusieurs hommes à la retraite y boivent le thé en discutant politique. Devant eux passe un couturier à vélo, qui fait claquer ses ciseaux pour signaler sa présence aux riverains.

Le putsch du 18 août a rendu plus incertains encore les lendemains de ce vaste pays qui s'enfonce depuis des années dans la crise sécuritaire, économique et politique.

Tandis que les colonels cherchent la suite à donner aux évènements, que les diplomates se succèdent auprès d'eux pour anticiper l'avenir et que les voisins ouest-africains pressent la junte de remettre au plus vite le pouvoir aux civils, rien ou presque n'a changé pour les Bamakois.

Après avoir manifesté à plusieurs reprises par milliers depuis avril pour réclamer la démission du président Keïta, ils ont assisté en spectateurs à un coup d'Etat consommé en quelques coups de feu, quelques arrestations et l'annonce par le chef de l'Etat de sa démission à la télévision nationale.

- Sous embargo -

Le lendemain déjà, la vie reprenait son cours dans la capitale sur le Niger, réputée insulaire par rapport aux violences jihadistes et intercommunautaires qui ensanglantent le centre et le nord. Les pro-Keïta se taisent dans Bamako sporadiquement lessivée par la saison des pluies. On ignore où se trouve précisément le président déchu, retenu par la junte.

Seul changement notable: à minuit chaque soir et jusqu'à cinq heures, les habitants doivent rentrer chez eux en raison du couvre-feu nouvellement imposé. Mais les rues sont d'ordinaire déjà bien désertes à cette heure-là, la grande majorité des Bamakois vivant de façon précaire.

Les voisins ouest-africains ont fermé leurs frontières avec le Mali et arrêté les flux financiers et commerciaux. Ces sanctions font peur à la junte, "qui ne veut pas que l'opinion, qui semble leur être acquise pour l'instant, se retourne contre eux", souligne un diplomate européen.

Le commerce, l'envoi d'argent par la diaspora et les investissements étrangers maintiennent à peine à flot l'économie d'un des pays les plus pauvres au monde.

L'impact de l'embargo n'est guère sensible pour l'instant. Les dirigeants de la Communauté des Etats ouest-africains (Cédéao) doivent tenir sommet vendredi et examiner le maintien, la levée ou le renforcement des sanctions, en fonction des pourparlers menés avec les militaires.

Les guichets de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest auxquels s'approvisionnent les banques maliennes ont rouvert après avoir temporairement fermé. Les transactions nationales ont repris.

- Pente abrupte -

Cependant, les transactions internationales restent bloquées, "cela peut causer beaucoup de difficultés", s'inquiète Hamadoun Bah, secrétaire général du syndicat des banques, assurances et établissements financiers (Synabef). 

Mais la majorité des Bamakois gagnent leur vie dans le secteur informel et ne sont guère touchés, pour l'instant.

Les pompistes continuent de proposer leur essence pour les motos dans des bouteilles transparentes. Les deux ponts reliant les deux rives du Niger souffrent des embouteillages habituels et les rabatteurs des Sotrama (minibus de transport urbain) hèlent toujours les passants, acrobatiquement accrochés d'une main aux portes ouvertes des véhicules.

Ministères et agences publiques tournent au ralenti, mais c'était déjà le cas depuis des mois, en raison de la crise politique.

Le putsch est "un épisode de plus dans le cumul d'évènements qui ont propulsé le Mali au beau milieu d'une crise sociopolitique dont il était déjà bien en peine de remonter la pente", rappelle Bokar Sangaré, journaliste et chercheur, dans un éditorial sur le média en ligne Benbéré.

Un homme d'affaires, Youssouf Berrada, met toutefois en garde contre l'illusion que cet énième soubresaut de l'histoire contemporaine agitée du Mali resterait indolore: "On ne peut pas traverser une crise aussi profonde et penser que les choses vont rester normales. Il y a des éléments qui impactent la confiance, et aujourd'hui cette attractivité va accuser un certain nombre de ralentissements".

AFP

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