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Nigeria: le chef spirituel des musulmans demande l'amnistie pour les islamistes


Le sultan de Sokoto, Muhammad Sa'ad Abubakar (d) et le président du Nigeria Goodluck Jonathan, le 27 décembre 2011 AFP/Archives Wole Emmanuel

Le chef spirituel des musulmans du Nigeria a appelé le président Goodluck Jonathan à proposer une amnistie aux combattants liés au groupe islamiste Boko Haram, responsable de la mort de centaines de personnes, dans des commentaires obtenus mercredi.

Lors d'un discours prononcé mardi à Kaduna (Nord) lors d'un sommet annuel de la communauté musulmane du Nigeria, le sultan de Sokoto, Muhammad Sa'ad Abubakar, s'est dit "très, très concerné" par les problèmes d'insécurité dans le pays, alors que Boko Haram a mené de nombreuses attaques dans le Nord, à majorité musulmane.

"Nous voulons saisir cette occasion pour demander au gouvernement, et spécialement à Monsieur le président, de réfléchir à une façon de décréter une amnistie totale pour tous les combattants, sans y penser à deux fois", a-t-il déclaré.

"Même si une personne est un terroriste, et si (le gouvernement) dénonce le terrorisme, c'est le rôle du gouvernement d'accepter cette personne et de voir comment elle peut servir à en atteindre d'autres", a ajouté le sultan.

Boko Haram, qui veut l'établissement d'un Etat islamique dans le nord du Nigeria, est séparé en plusieurs factions, dont une cellule de commandement considérée comme le noyau dur du groupe.

Selon des spécialistes, de nombreux jeunes qui combattent aux côtés de la secte se sont tournés vers la violence à cause de la corruption au sommet de l'Etat et de la pauvreté dans le Nord, les richesses étant plutôt concentrées dans le sud, à majorité chrétienne.

"Si une amnistie est déclarée, nous pensons que de nombreux jeunes hommes, fatigués de fuir et de se cacher, vont se présenter et accepter cette amnistie", a estimé M. Abubakar.

Le sultan de Sokoto a servi dans l'armée nigériane pendant 30 ans avant de prendre ses fonctions en 2006.

Boko Haram a attaqué de hauts dignitaires musulmans du Nord par le passé, estimant que ceux-ci trahissent l'Islam en collaborant avec le gouvernement.

M. Abubakar a fait référence, dans son discours, à la première visite --planifiée prochainement mais non confirmée-- de M. Jonathan en tant que président à Maiduguri (Nord est), fief de Boko Haram.

Selon le sultan, cette visite pourrait être l'opportunité de négociations de paix.

Plusieurs tentatives de dialogue avec Boko Haram ont échoué par le passé.

Dans une vidéo obtenue mardi, le chef présumé de Boko Haram, Abubakar Shekau, a déclaré que le groupe n'entamerait aucun dialogue avec le gouvernement tant que ses membres seraient arrêtés et détenus, une condition déjà évoquée par le passé.

Boko Haram est responsable de la mort de centaines de personnes dans le nord et le centre du pays depuis 2009.