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Il n'y a pas "de crise" au Zimbabwe, selon le porte-parole du gouvernement

Il n'y a pas de "crise" au Zimbabwe en dépit de la répression des opposants et de la catastrophe économique et sociale que connait ce pays depuis une vingtaine d'années, a affirmé mardi dans un entretien à l'AFP le porte-parole du gouvernement, Nick Mangwana.

"Quelle crise? De quoi parlons-nous exactement?", s'est interrogé M. Mangwana lors de cet entretien téléphonique réalisé depuis Johannesburg.

"Quelqu'un a perdu une élection en 2018 et a refusé cette défaite", a-t-il affirmé en référence à la présidentielle de juillet 2018.

Ce scrutin a été gagné par Emmerson Mnangagwa, candidat du parti au pouvoir, l'Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (Zanu-PF), face à celui du principal parti d'opposition, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), Nelson Chamisa.

"Pour justifier l'intervention internationale, ce qu'ils (les opposants) font constamment, c'est de dire qu'il y a une crise", selon M. Mangwana.

Il a justifié la vingtaine d'arrestations lors d'une manifestation anti-gouvernementale le 31 juillet, dont celles de l'écrivaine Tsitsi Dangarembga et de l'avocate et porte-parole du MDC, Fadzayi Mahere.

"La théorie de la vitre brisée stipule que si vous laissez faire de petits crimes, de plus grands auront lieu", a-t-il dit, ajoutant: "Vous devez vous assurer que la vitre brisée est réparée et que la personne qui l'a brisée est arrêtée".

Selon lui, les personnes arrêtées lors de la manifestation de fin juillet à Harare étaient certes "connues", mais peu nombreuses.

Remises en liberté sous caution, Mmes Dangarembga et Mahere ont été inculpées d'incitation à la violence.

Outre la répression politique, le Zimbabwe est englué depuis une vingtaine d'années dans une crise économique catastrophique, qui se traduit par une inflation galopante et des pénuries de nombreux produits de première nécessité.

Plusieurs années de sécheresse ont aggravé la situation, encore compliquée par la pandémie de Covid-19.

De nombreux Zimbabwéens jugent que sous l'ère Mnangagwa, la situation est pire que sous celle de Robert Mugabe qui a dirigé son pays d'une main de fer pendant près de 40 ans et a été renversé par un coup d'Etat fomenté par l'actuel président en 2017.

- "Les rayons sont pleins" -

Environ 60% de la population zimbabwéenne, soit 8,6 millions de personnes, vont se retrouver en situation d'insécurité alimentaire d'ici la fin de l'année, en raison "des effets combinés de la sécheresse, de la récession économique et de la pandémie" de Covid-19, selon le Programme alimentaire (PAM).

S'il admet que son pays doit faire face à l'hyperinflation, Nick Mangwana estime cependant que "des interventions économiques" du gouvernement ont permis de stabiliser les prix et de répondre aux pénuries de carburant. 

Il réfute la possibilité d'une insécurité alimentaire, affirmant que dans les supermachés, les "rayons sont pleins" et juge que la récession économique est due aux mesures prises pour tenter d'enrayer le Covid-19. A ce jour, le Zimbabwe a rencensé 4.600 cas de coronavirus, dont 104 mortels, selon les chiffres officiels.

"Tous les pays vivent cela, y compris l'Afrique du Sud", selon lui. "Je ne vois pas pourquoi les défis imputables au Covid-19 seraient considérés comme une crise au Zimbabwe et pas ailleurs".

Les opposants affirment que la lutte contre la pandémie sert de prétexte pour les réprimer.

La semaine dernière, le président Mnangagwa a promis de "débusquer" ses opposants qu'il a  qualifié de "pommes pourries", "terroristes" ou encore "forces obscures".

Les organisations de défense des droits humains ont affirmé qu'une centaine d'activistes et opposants ont récemment été enlevés et brutalisés par des agents de l'Etat.

De "faux enlèments" et de "la propagande", selon M. Mangwana destinés à "diaboliser" le gouvernement accusé des "pires atrocités".

Egalement qualifié de "propagande" le hashtag #ZimbabweanLivesMatter qui a connu un succès mondial. Il y apparaît selon le porte-parole que "les vies des Zimbabwéens sont décimées" et "les gens finissent vraiment par croire qu'il y a des enlèvements, des meurtres, des viols et des atrocités au Zimbabwe, alors qu'il n'y a rien de plus faux".

sch/stb/jhd 

       

AFP

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