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Au Niger, les humanitaires "affligés par la barbarie" de l'attaque de Kouré

"Nous sommes tous profondément affligés par la barbarie (de l'attaque) de Kouré", confie Anne, une Française de Niamey: les humanitaires au Niger sont sous le choc au lendemain de la mort de huit personnes, dont six Français, tuées par des hommes armés.

Les six Français, leur guide et leur chauffeur dont la plupart sont des employés de l'ONG Acted, ont été froidement abattus lors d'une excursion touristique dans  la localité de Kouré (sud-ouest), une zone très boisée où vivent les dernières girafes d'Afrique de l'Ouest à 70 km de Niamey.

L'attaque, dénoncée comme "terroriste" par Niamey et Paris, est la première ayant visé des Français dans ce secteur. 

"On est très choqués. C'est inadmissible que des humanitaires soient des cibles, surtout dans une zone pas trop affectée par la violence", a réagi auprès de l'AFP Nicolas Von Arx, le chef de délégation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) au Niger. 

"Nous condamnons avec la plus grande fermeté cet acte d'une incroyable cruauté et lâcheté", dénonce Alexandra Morelli, la représentante au Niger du Haut commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR). 

L'ONG Acted a jugé "déplorable" que la communauté internationale ne garantisse pas davantage la sécurité des travailleurs humanitaires déployés dans les pays à risque.

Les huit corps - quatre hommes et quatre femmes - ont été acheminés dimanche en fin de journée à la morgue de l'hôpital de Niamey. 

Dans de nombreuses régions du Niger comme du Mali et du Burkina Faso, la présence de personnel local est souvent préférée par les ONG internationales, le personnel occidental restant dans la capitale ou les villes, ce qui permet une moindre exposition au risque.

A Niamey comme sur le terrain, les employés d'ONG sont soumis à de strictes règles de sécurité, en raison de la forte menace d'enlèvements et d'attaques qui plane sur les trois pays du centre du Sahel.

- Aider "les plus fragiles" -

"Dans Niamey, tu peux sortir dans les restaurants, dans les bars, sans aucun souci. Mais tout reste dans un périmètre restreint et en permanence sous contrôle et surveillé par la sécurité des différents acteurs. On ne fait pas ce qu'on veut, très loin de là", constate une autre humanitaire française. 

Au Niger, les activités sur le terrain des ONG internationales étaient déjà affectées par les attaques jihadistes, rendant difficile l'assistance à des milliers de réfugiés et de déplacés.

En 2019, les autorités nigériennes avaient interdit tout déplacement sans escorte militaire à ces organisations dans plusieurs contrées de Tillabéri et Tahoua, deux vastes régions riveraines des "trois frontières" entre Niger, Burkina Faso et Mali, devenue un repaire des jihadistes sahéliens, dont l'Etat islamique au Grand Sahara (EIGS). 

Deux humanitaires, un Américain et un Allemand, y avaient été enlevés en 2016 et 2018.

A plusieurs reprises en 2019, des hommes armés ont volé des véhicules d'organisations humanitaires (CICR, MSF...).

Au moins un de ces véhicules a ensuite été utilisé pour une attaque de "terroristes" d'une prison près de Niamey, selon les autorités nigériennes. 

Les ONG ont décidé de rester malgré la dégradation sécuritaire.

"Le HCR, à l'instar de l'ensemble des acteurs humanitaires au Niger, poursuivra sa mission qui vise à aider les populations les plus fragiles", assure Alexandra Morelli. 

"On essaie d'être à proximité des populations, on essaie d'aller sur le terrain pour assister ces populations affectées par la violence, mais on notifie nos mouvements aux autorités compétentes", rapporte Nicolas Von Arx.

Depuis le début de l'année, le CICR assiste plus 136.000 réfugiés et déplacés à Diffa (sud-est, où sévit le groupe jihadiste Boko Haram) et à Tillabéri, et facilite l'accès à l'eau potable à 65.000 personnes. Il a également vacciné 3 millions de tête de bétail. 

Pour la neuvième année consécutive, le Niger vient d'être classé dernier Etat en terme d'Indice de développement humain (IDH) par le Programme des Nations unis pour le développement (PNUD). 

"Les humanitaires sont très utiles, ils apportent quelque chose. On a besoin de leur présence, on ne souhaite pas qu'ils quittent" le pays à cause de l'insécurité, souligne Moussa Tchangari, le responsable d'Alternative espace citoyen (AEC), une des plus importantes ONG nigériennes. 

D'autant plus que "par rapport au budget d'investissement de l'Etat nigérien, l'apport de l'extérieur est énorme et représente près de 80%", pointe Moussa Tchangari. 

AFP

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