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Après l'effusion de sang au Mali, pouvoir et contestation

Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta et le mouvement  qui réclame son départ soupèsent leurs options dans une crise qui continue à secouer le pouvoir après des troubles sans précédent depuis des années à Bamako.

La capitale renoue progressivement avec la vie ordinaire après l'agitation qui a fait au moins onze morts entre vendredi et dimanche.

Pour la première fois depuis vendredi, deux des trois ponts qui relient les deux parties de Bamako sur le fleuve Niger et qui avaient été coupés par les protestataires se sont rouverts à une circulation aussi fluide que possible selon les standards bamakois, sans slalom imposé entre les obstacles et les blocs de béton.

Des forces de sécurité ont été déployées aux abords de ces axes cruciaux.

"Nous étions pharmacie de garde dans la nuit", disait Aïcha Noutoume, 34 ans, pharmacienne travaillant près du pont des Martyrs, il n'y a pas eu de problème. Il n'y a pas eu de casse cette fois-ci et la police a vraiment veillé".

Retour au calme aussi dans le quartier de Badalabougou, fief de la principale figure du mouvement, l'imam Mahmoud Dicko, et théâtre samedi soir de scènes de guerre entre Bamakois et forces de sécurité.

Badalabougou a été l'un des foyers des violences qui se sont emparés vendredi de différents quartiers, point culminant d'une crise qui alarme les alliés et les voisins, inquiets d'un élément de déstabilisation supplémentaire dans un pays confronté au jihadisme, aux violences de toutes sortes et à la pauvreté dans une région elle-même tourmentée.

Après les législatives contestées de mars-avril, une coalition hétéroclite de personnalités religieuses, du monde politique et de la société civile s'est agglomérée autour de l'imam Dicko, éminente figure publique et farouche adversaire du pouvoir. Elle réclame la démission du président Keïta, parmi d'autres exigences radicales.

Elle canalise les mécontentements contre la dégradation sécuritaire et l'incapacité à y faire face, le marasme économique et social, la défaillance de l'Etat, ou le discrédit répandu d'institutions suspectes de corruption.

Comme redouté depuis un certain temps, la mobilisation a dégénéré quand ce mouvement dit du 5-Juin (M5) est entré en "désobéissance civile" vendredi.

- Recherche de pistes -

Après l'effusion de sang, la confrontation laisse chaque camp face à des décisions lourdes de conséquences, dans un contexte toujours hautement volatil. 

Le président a tenté différentes ouvertures, dont aucune n'a satisfait le mouvement: offre de gouvernement d'union nationale, dissolution de la Cour constitutionnelle, législatives partielles là où la Cour constitutionnelle avait invalidé les résultats initialement proclamés en avril. Cette invalidation est considérée comme un déclic.

Dans ce qui est vu comme un geste d'apaisement, les autorités, après avoir réprimé la révolte, ont relâché dimanche soir et lundi les leaders du mouvement qu'elles avaient fait arrêter.

Le président doit à présent concrétiser les offres qu'il a faites. Pas question à ce stade d'accéder aux demandes du M5 comme la dissolution de l'Assemblée nationale, la nomination d'un Premier ministre que le mouvement choisirait et que le président ne pourrait révoquer, encore moins sa propre démission.

Le mouvement de contestation doit lui aussi faire des choix, à présent que ses leaders ont recouvré la liberté. Il n'a donné aucun signe de vouloir transiger jusqu'alors.

La communauté internationale s'emploie discrètement à désamorcer la crise. Dimanche soir, les représentants de l'Union africaine, de la Communauté des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), de l'ONU et de l'UE au Mali avaient appelé tout le monde à la retenue et réclamé la libération des opposants arrêtés.

Ils avaient réitéré les préconisations récentes d'une mission de bons offices de la Cédéao: formation d'un gouvernement d'union, organisation de législatives partielles.

Des membres de ces organisations ont rencontré lundi des responsables du mouvement de contestation.

"Ils nous ont dit qu'ils avaient pesé pour la libération des leaders arrêtés, et nous ont demandé des pistes de sortie de crise", a dit à l'AFP un responsable du mouvement, Bassy Diarra, "nous devons nous revoir mardi" en début d'après-midi.

Le M5 a annoncé une conférence de presse mardi en milieu d'après-midi.

AFP

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