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La mort de son Premier ministre plonge la Côte d'Ivoire dans l'incertitude

La Côte d'Ivoire entrait jeudi dans une période d'incertitude après le brusque décès du Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, qui va obliger le parti au pouvoir à se trouver un nouveau champion pour la présidentielle d'octobre.

"La Côte d'ivoire en état de choc" (L'inter), "Coup de tonnerre" (Soir Info), "Coup de massue" (Fraternité Matin), les titres de la presse reflétaient la surprise au sein de la population à l'annonce du décès du Premier ministre, même si on savait "AGC" malade du coeur depuis longtemps. 

"Il était revenu de sa maladie, je croyais qu'il allait bien", s'étonne Johanne Ibo Kouakou, commerçante, qui comme la plupart des Ivoiriens ont vu les images du retour en grande pompe au pays d'AGC la semaine dernière après deux mois passés en France pour des problèmes cardiaques. 

"C'est une surprise. Amadou il était comme notre père", commente Mahamadi Sawadogo, vigile à Abidjan. "Ca nous a choqué vraiment (...) c'est lui qu'on attendait pour parachever l'½uvre du président Alassane Ouattara", témoigne Ibrahim Dembele, ébéniste.

Korhogo, la grande agglomération du nord ivoirien, ville natale et fief politique d'AGC, était aussi désemparée. 

Dans la cour familiale des ''Gon Madou'' (grand-père du Premier ministre), les délégations de toute la région se succédaient pour les condoléances dans une atmosphère lourde, a constaté un journaliste de l'AFP.

"C'est une perte pour Korhogo et ses environs, une grande perte pour le Nord", a confié une visiteuse, Simone Soro.

Après une vague d'hommages de la majorité comme de l'opposition mercredi, les éloges des politiciens se poursuivaient jeudi. 

"La Côte d'Ivoire perd un digne fils, un grand serviteur. Tu demeureras un modèle pour moi", a écrit sur twitter le ministre de la Défense Hamed Bakayoko, dit "Hambak", qu'on a souvent opposé au Premier ministre au sein du camp présidentiel.

"Hambak" avait assuré l'intérim du Premier ministre pendant ses soins en France et pourrait être candidat à sa succession.

L'ex-chef de la rébellion et candidat à la présidentielle Guillaume Soro, brouillé avec le pouvoir et qui vit en exil en France pour éviter des poursuites judiciaires, a affirmé avoir "partagé une longue fraternité" avec AGC, originaire du nord de la Côte d'Ivoire comme lui, ajoutant que les liens entre leurs deux familles "n'ont jamais été érodés en dépit de l'atmosphère politique ambiante".

- Report de la présidentielle? -

Au niveau international, le président français Emmanuel Macron a salué "la mémoire et le dévouement d'un grand serviteur de la Côte d'Ivoire, artisan de son redressement économique et ami fidèle de la France", ancienne puissance coloniale. 

Les chefs d'Etat d'Afrique de l'Ouest ont aussi exprimé leurs condoléances.

Le président nigerien Mahamadou Issoufou a fait part de sa "grande émotion", le président burkinabè Roch Kabore de sa "tristesse", et leur homologue sénégalais Macky Sall de sa "peine".

Sur le plan politique, le président Ouattara et son parti le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) sont dans l'embarras, alors que M. Gon Coulibaly avait été désigné en mars candidat pour la présidentielle d'octobre. 

"AGC était plus qu'important dans le dispositif: il était le dispositif", estime le politologue Jean Alabro qui rappelle les liens du Premier ministre avec de nombreux chefs du Nord. 

"En ce moment, tous les choix possibles sont mauvais", poursuit-il, énumérant les autres candidatures possibles, "Ouattara (pour un troisième mandat), Hamed Bakayoko ou un troisième qu'il faut faire émerger". 

"Ouattara (qui avait annoncé en mars ne pas vouloir le faire) peut se représenter. Mais il y a beaucoup de désavantages", dont les accusations de démocratie altérée, selon lui. 

M. Ouattara et ses partisans estiment que le changement de Constitution en 2016 lui donne légalement le droit de se présenter, mais l'opposition soutient que l'esprit de la Constitution le lui interdit.

"Quant à +Hambak+, il est mal perçu par une partie de la population pour son rôle dans la rébellion (des années 2000), certains le voient comme un +assassin+. Et dans son camp, les pro-Gon ne verraient pas d'un bon oeil" que sa mort profite à "son ennemi", estime M. Alabro.

"Reporter la présidentielle pour des motifs de pandémie de coronavirus ou des problèmes d'enrôlement électoral pourrait être une bonne option" pour  le parti au pouvoir, selon lui.

Pour Modeste Goran, professeur de l'université Félix Houphouet Boigny d'Abidjan, "un parti comme le RHDP réfléchit à toutes les éventualités. Dans le projet, il y avait sans doute un suppléant à Gon même si on ne le connait pas aujourd'hui". Et l'universitaire de noter l'importance de la machine électorale du RHDP, qui maille tout le territoire ivoirien : "Il a un poids, une notoriété et une activité qui peut permettre à un nouveau leader de l'emporter".  

AFP

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