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Ethiopie: un leader d'opposition oromo arrêté, les manifestations continuent

La police éthiopienne détenait mercredi le populaire dirigeant d'opposition Jawar Mohammed, critique du Premier ministre Abiy Ahmed, ce qui pourrait aggraver encore les tensions politiques et communautaires qui ont causé plusieurs morts lors de manifestations, principalement en région Oromia.

Pour le deuxième jour d'affilée, Addis Abeba était le lieu de manifestations provoquées par la mort d'Hachalu Hundessa, un célèbre chanteur de l'ethnie majoritaire oromo, tué par balle lundi soir dans la capitale.

Selon un bilan établi par l'AFP de sources médicales et policière, et auprès de témoins, au moins huit personnes ont été tuées dans ces violences, la plupart en Oromia, la région qui entoure la capitale et est le fief des Oromo, le premier groupe ethnique du pays.

Fondateur du média d'opposition Oromia Media Network (OMN), basé aux États-Unis et qui diffuse principalement via Facebook, M. Jawar a été arrêté mardi à Addis Abeba avec 34 autres personnes, a indiqué dans un communiqué le chef de la police fédérale, Endeshaw Tassew.

Son arrestation a fait suite à une altercation avec la police au sujet du corps d'Hachalu. La dépouille devait être transportée dans sa ville natale d'Ambo pour y être inhumée, mais M. Jawar et certains de ses partisans l'ont interceptée et ont tenté de la ramener à Addis Abeba, a affirmé M. Endeshaw.

"Il y a eu un incident entre les forces de sécurité fédérales et d'autres, et au passage un membre de la police spéciale d'Oromia a été tué", a-t-il déclaré.

"Trente-cinq personnes, dont Jawar Mohammed, ont été arrêtées. Les forces de sécurité ont saisi huit kalachnikov, cinq pistolets et neuf transmetteurs radio dans la voiture de Jawar Mohammed", a-t-il ajouté.

- Internet coupé -

M. Jawar, qui a rejoint en début d'année le Congrès fédéraliste oromo (OFC), avait aidé à organiser les manifestations antigouvernementales qui ont mené à l'arrivée au pouvoir en 2018 de M. Abiy. Mais en 2019, il s'est affirmé comme un des principaux détracteurs du chef du gouvernement, pourtant un Oromo comme lui.

En octobre, M. Jawar avait accusé le gouvernement d'avoir tenté de s'en prendre à lui, provoquant des manifestations anti-Abiy qui avaient débouché sur des affrontements ethniques en Oromia, et la mort de 86 personnes.

Un appel a été lancé à des manifestations massives tant qu'il n'aura pas été libéré, a indiqué son média OMN, laissant craindre que son arrestation n'exacerbe encore les tensions en Oromia.

Même si M. Abiy est le premier chef de gouvernement oromo de l'histoire moderne, de nombreux nationalistes oromo l'accusent de ne pas faire suffisamment pour défendre les intérêts de sa communauté.

Depuis son accession au pouvoir, le prix Nobel de la Paix 2019 s'est efforcé de promouvoir des réformes politiques et économiques. Mais cette ouverture a laissé le champ libre aux violences intercommunautaires qui mettent à l'épreuve le système de fédéralisme ethnique en vigueur dans ce pays de 110 millions d'habitants.

Lors des manifestations antigouvernementales entre 2015 et 2018, Hachalu avait été un des porte-voix des Oromo, qui s'estimaient alors marginalisés économiquement et politiquement. Le mobile de son meurtre n'est pas encore connu, mais la police a affirmé avoir arrêté "des suspects".

Comme la veille, les autorités avaient coupé mercredi internet pour éviter que les violences ne se répandent.

- Des statues visées -

A Addis Abeba, où les manifestants se sont regroupés en plusieurs endroits, les forces de sécurité ont tiré en l'air mercredi pour disperser des protestataires qui s'approchaient d'une statue de l'empereur Menelik II, largement considéré comme le bâtisseur de l'Éthiopie moderne.

Les nationalistes oromo voient dans Menelik l'origine de ce qu'ils perçoivent comme leur marginalisation. Hachalu avait appelé le mois dernier à ce que cette statue soit déboulonnée.

Mardi à Harar, capitale de la région du même nom, enclavée en Oromia, des manifestants s'en étaient pris à la statue de Ras Mekonnen, le père de l'empereur Haïlé Sélassié, a dit à l'AFP un médecin de la ville, sous couvert de l'anonymat. Il a aussi rapporté la mort d'une personne pendant des manifestations.

A Nekemte (ouest), en Oromia, un médecin de l'hôpital universitaire Wollega, Negeo Tesfye, a déclaré à l'AFP qu'un affrontement mardi entre des manifestants et la police locale avait débouché sur la mort de deux personnes "abattues par les forces spéciales régionales".

Des sources médicales et des proches avaient fait état mardi de trois morts dans la ville d'Adama en Oromia, et un dans la zone administrative Mirab Hararghe, dans la même région.

La police fédérale a également indiqué que plusieurs personnes avaient été tuées dans l'explosion de trois grenades à Addis Abeba, sans donner de bilan exact.

AFP

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