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Un Kényan passe devant un graffiti, février 2013. © PHIL MOORE / AFP
Un Kényan passe devant un graffiti, février 2013. © PHIL MOORE / AFP

Kenya: un vote entre espoir et crainte

Les Kényans élisent un nouveau président, avec en mémoire les terribles violences sur lesquelles avaient débouché le scrutin de 2007.

Les Kényans votent, le lundi 4 mars, pour élire notamment leur nouveau président, entre espoir et crainte, avec en mémoire les terribles violences sur lesquelles avaient débouché le précédent scrutin fin 2007, qui avait fait plus d'un millier de morts et 600.000 déplacés.

La campagne, qui s'est achevée samedi soir après deux grands meetings à Nairobi des deux principaux candidats, le Premier ministre Raila Odinga et le vice-Premier ministre Uhuru Kenyatta, au coude à coude dans les sondages, n'a été marquée par aucun incident grave.

Durant des semaines les huit candidats, les ONG et les médias ont multiplié les appels à un scrutin pacifique.

Mais Raila Odinga a lancé ces derniers jours dans la presse plusieurs avertissements contre des fraudes, souligné la possible colère de ses partisans en cas de défaite et critiqué l'action de certaines institutions, dont la Commission électorale.

En 2007, la violente contestation qui avait suivie l'annonce de sa défaite s'était muée en affrontements ethniques, qui valent à M. Kenyatta, d'être inculpé devant la CPI. Il soutenait alors le président réélu Mwai Kibaki et il est soupçonné d'être impliqué dans l'organisation de ces affrontements.

Dimanche, après avoir dû démentir la veille certains de ses propos, M. Odinga a été contraint dans un communiqué de réitérer "sa pleine confiance dans (les) institutions" kényanes.

Les bureaux de votes seront ouverts de 06H00 à 17H00 (03H00 à 14H00 GMT), a annoncé l'IEBC, qui a sept jours pour publier les résultats.

Plus de 99.000 policiers ont été déployés sur le territoire kényan pour étouffer dans l'œuf toute violence, a annoncé dimanche le porte-parole de la police, Charles Owino.

Dans les églises, dimanche les sermons et prières étaient consacrées à la paix comme l'avaient été les prêches des mosquées vendredi.

«Sermons et prières»

La Cathédrale catholique de Mombasa, sur la côte kényane, était bondée pour la messe dominicale.

«L'Eglise a souligné que tout le monde devait voter pacifiquement (...) et a répété encore et encore qu'en cas de fraudes ou de soupçons de fraude, les tribunaux étaient là pour s'en occuper», a expliqué le père John Correa.

Le prêtre s'inquiète pour la région qui vit essentiellement du tourisme et du port:

«Nous avons vu cela il y a cinq ans. Très peu de gens sont venus dans le pays, les hôtels étaient vides, les gens ont été licenciés et il a fallu longtemps pour s'en remettre. J'espère que cela ne se reproduira pas.»

Abdel Rahman Sharif Hamsa est l'un de ceux que les précédentes violences post-électorales ont contraint à mettre la clé sous la porte. Son agence de tourisme a fait faillite, mettant ses 11 employés au chômage.

«Tous les musulmans du Kenya ont prié vendredi pour des élections pacifiques et dimanche les chrétiens ont prié aussi», a-t-il expliqué à l'AFP, en sortant dimanche d'une mosquée de Mombasa, à majorité musulmane.

Mohammed Hussein, chômeur, veut croire que les leçons des tueries d'il y a cinq ans ont été tirées:

«Nous avons beaucoup appris. Nous avons vu de nombreux morts et de souffrances, des gens sont devenus des réfugiés dans leur propre pays.»

Les sermons et prières n'empêchent pas Eunice Mbithe Peter, assise devant la Cathédrale, d'être «inquiète concernant le chaos» éventuel sur lequel pourrait déboucher le scrutin.

A Kisumu, fief de Raila Odinga dans l'ouest du Kenya, quelque 300 militants de son parti ont été formés dimanche à détecter d'éventuels fraudes et à envoyer les résultats des différents bureaux par SMS.

«Cette fois-ci nous ne prenons aucun risque. La dernière fois nous avons trop fait confiance à la Commission électorale», a expliqué Samuel Nyabinda, un des responsables de la coalition soutenant M. Odinga.

Pour Nicolas Ochieng, chauffeur de taxi de Kisumu, une défaite de M. Odinga est «impossible». «Son heure est venue, a-t-il expliqué; s'il perd, bien sûr les gens seront en colère, mais il (Odinga) ira en justice et il n'y aura pas de violence», veut-il croire.

Michael Osango, 37 ans, vendeur d'eau, refuse lui de se battre pour les hommes politiques:

«Les politiciens sont riches mais en cas de violences c'est le Kényan moyen qui souffrira. On ne va pas être utilisé comme du papier toilette qu'on jette ensuite.»

AFP

Slate Afrique avec AFP

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