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A quatre mois de l'élection présidentielle, la Côte d'Ivoire lance la révision de ses listes électorales

"Si tu as ton candidat, faut aller voter !", lance Fatou Koné, une coiffeuse de 33 ans venue s'inscrire mercredi sur les listes électorales, au premier jour de l'opération nationale d'enrôlement des nouveaux électeurs en vue des scrutins présidentiel et législatif d'octobre en Côte d'Ivoire.

Pour cette opération sensible dans ce pays d'Afrique de l'Ouest qui a connu des élections émaillées de tensions et de violences depuis 20 ans, 35.000 agents de recensement seront déployés pendant deux semaines sur plus de 10.800 centres, plus une centaine à l'étranger pour la diaspora, selon la Commission électorale indépendante (CEI). 

Si la CEI, qui organise l'ensemble des opérations électorales, ne se fixe pas d'objectif de recensement, elle estime que cinq millions d'Ivoiriens ne sont pas inscrits sur les listes, qui comptent actuellement 6,6 millions d'électeurs.

En pratique cependant, "environ 250.000 personnes" s'inscrivent lors de chaque révision annuelle, note le président de la CEI Ibrahime Coulibaly-Kuibiert. 

La Côte d'Ivoire compte 25 millions d'habitants, avec une population très jeune et plusieurs millions d'étrangers résidents. Il n'existe pas de statistiques récentes et fiables sur le nombre exact d'Ivoiriens majeurs, de plus de 18 ans. 

"J'invite la population à s'enrôler massivement", particulièrement "les nouveaux majeurs", "pour participer au choix du gouvernement national, c'est très important", a déclaré M. Kuibiert, appelant également "les leaders politiques à encourager leurs militants à s'enrôler".

Ce magistrat nommé en 2019 à la tête de la stratégique CEI présidait la cérémonie officielle de lancement de la révision des listes électorales au lycée William Ponty de Yopougon, grand quartier populaire d'Abidjan.

Yopougon est la commune la plus peuplée de Côte d'Ivoire et la circonscription la plus importante avec "442.000 électeurs inscrits". "C'est une Côte d'Ivoire en miniature en terme de diversité socio-culturelle, un baromètre du pays", a expliqué le maire de la commune Gilbert Koné Kafana, également ministre des Relations avec les institutions.

"Je suis venue le premier jour pour être sûre d'être enrôlée. Oui je vais voter !" a expliqué à l'AFP Soumahoro Awa Nadège, une étudiante de 25 ans qui n'avait pas participé à la précédente présentielle en 2015.

- "Je suis un citoyen libre" -

Dans une salle de classe transformée en bureau d'enrôlement, elle a suivi patiemment les différentes étapes de l'opération: vérification des papiers d'identité, puis inscription par une agent de recensement à l'aide d'une tablette informatique, avec prise d'empreinte des dix doigts et photo.

A l'extérieur de la salle, Joachim Souassou Kassea, diplomate retraité longtemps en poste à l'étranger et pas sûr d'être encore sur les listes électorales, attend son tour sur un banc avec une dizaine d'autres personnes. "Je suis un citoyen libre, c'est important de voter", dit-il. 

Trois grands partis dominent la vie politique ivoirienne. 

Au pouvoir depuis 2011, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) du président Alassane Ouattara, a déjà désigné son candidat. Il s'agit du Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, soigné en France depuis début mai pour des problèmes cardiaques, et dont le retour est toujours attendu.

Le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), ancien allié du RHDP devenu depuis 2018 le principal mouvement d'opposition, désignera son candidat fin juillet. Son chef, l'ancien président Henri Konan Bédié, 85 ans, entretient le mystère sur son éventuelle candidature.

Après avoir boycotté les élections depuis la chute du président Laurent Gbagbo en 2011, le Front populaire ivoirien (FPI) a changé de stratégie et lancé l'"opération inondation électorale", encourageant désormais ses militants à s'inscrire massivement sur les listes pour peser aux prochains scrutins. 

Enfin l'ancien chef rebelle Guillaume Soro, ex-allié du président Alassane Ouattara, s'était déclaré candidat le premier, fin 2019, mais fait face à plusieurs procédures judiciaires dont une condamnation à 20 ans de prison. Il vit en exil en France. 

Dix ans après la crise post-électorale de 2010-2011 qui avait fait quelque 3.000 morts, la présidentielle d'octobre 2020 s'annonce tendue.

Les municipales et régionales de 2018 ont été marquées par des violences et des fraudes.

AFP

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