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Élections au Burundi: vers une large victoire du parti au pouvoir, "fantaisiste" selon l'opposition

Le parti au pouvoir au Burundi, le CNDD-FDD, et son candidat à la présidentielle, Évariste Ndayishimiye, s'acheminaient vendredi vers une large victoire aux élections générales selon des résultats partiels, immédiatement dénoncés comme "fantaisistes" par l'opposition.

Les Burundais ont voté mercredi pour choisir leur président, leurs députés et conseillers communaux. La présidentielle s'est disputée sans le sortant Pierre Nkurunziza, au pouvoir depuis 2005.

Alors que la Commission électorale nationale indépendante (Céni) avait appelé la population à la patience pour la publication des résultats, elle a pris de court les observateurs en publiant dès jeudi soir des résultats portant sur 12% des 119 communes.

Ces résultats partiels, annoncés au journal de 20h00 de la radiotélévision nationale (RTNB), donnaient par exemple 73,9% des voix au général Ndayishimiye contre 24,6 % à Agathon Rwasa, président du Conseil national pour la liberté (CNL), à Kabezi.

Or cette commune située dans la province du Bujumbura-rural est considéré comme un fief historique du chef de l'opposition. Celui-ci a immédiatement réagi.

"Je rejette ces résultats. Ces résultats qu'on est en train de proclamer sont des résultats fantaisistes, ils ne collent pas avec la réalité", a déclaré jeudi soir M. Rwasa.

"Je le dis parce que hier (mercredi soir,) lorsqu'on a commencé à faire le comptage des voix, on a suivi, on était en tête et les résultats que nous avons démontrent que nous sommes toujours en tête", a-t-il poursuivi.

- "Un hold-up" -

"On peut facilement démontrer que c'est une tricherie" a assuré le chef de l'opposition, assurant avoir "gagné". "Les chiffres qu'on est en train de balancer sur les ondes sont le résultat d'une pure manipulation simplement", a-t-il insisté.

Vendredi, la RTNB a pourtant continué à égrener des résultats portant sur 60% des 129 communes du pays, qui donnent M. Ndayishimiye vainqueur avec en moyenne 80% des voix, contre 20% à M. Rwasa, alors qu'aucun des cinq autres candidats ne dépasse les 1%.

Dans la province de Kayanza (nord), l'une des plus peuplées du pays, le CNDD-FDD obtient autour de 90% des voix dans les trois scrutins. Il est à plus de 80% dans la province de Muramvya (centre).

Le CNL a dénoncé sur Twitter "une fraude grossière", en donnant l'exemple de la commune de Bukeye, dans la province de Muramvya, où les chiffres de la Céni donnent 36.360 votants alors que 31.483 personnes étaient, selon lui, inscrites sur les registres électoraux.

"Le parti CNL rejette catégoriquement ces résultats fabriqués de toute pièce. Il s'agit d'un hold-up minutieusement préparé", a accusé vendredi dans une interview avec l'AFP le porte-parole du CNL, Thérence Manirambona.

Il a évoqué "des bourrages d'urnes, un usage abusif de procurations même pour des personnes décédées, des votes multiples, l'arrestation de plus de 200 mandataires et responsables du vote mercredi et beaucoup d'autres mandataires chassés".

- La fin de l'ère Nkurunziza -

Même si ces élections se sont globalement déroulées dans le calme, le CNL avait dénoncé dès mercredi les pressions à l'encontre de ses assesseurs ainsi que des fraudes, en particulier dans les provinces de Rumonge (sud-ouest) et Bujumbura-Rural.

Pierre Nkurikiye, le porte-parole du ministère burundais de la Sécurité publique, avait reconnu qu'un certain nombre de membres du CNL avaient été arrêtés. Mais il les a accusés d'être responsables de "quelques incidents mineurs", dont "des tentatives de fraudes" qu'il a mis à l'actif de ce seul parti.

Les observateurs s'attendaient à un duel disputé entre le général Ndayishimiye et Agathon Rwasa, qui avait attiré les foules pendant la campagne, émaillée de violences et d'arrestations arbitraires, nombre de Burundais appelant au changement après 15 ans de pouvoir du CNDD-FDD.

Évariste Ndayishimiye, présenté comme "l'héritier" de Pierre Nkurunziza, est un ancien combattant comme son mentor au sein de la rébellion hutu du CNDD-FDD qui lutta contre l'armée, dominée par la minorité tutsi, pendant la guerre civile burundaise (1993-2006, 300.000 morts).

M. Rwasa est issu du plus ancien mouvement rebelle du pays (Palipehutu-FNL), un des deux principaux groupes rebelles pendant la guerre civile. Aux yeux des Hutu, qui représentent 85% de la population, il a autant de légitimité à briguer la présidence que son rival du CNDD-FDD.

Ces élections, qui ont eu lieu en dépit de l'épidémie de Covid-19, marquent la fin de l'ère Nkurunziza. Même si ce dernier, élevé au rang de "guide suprême du patriotisme" en février par l'Assemblée nationale, restera le président du très influent Conseil des sages du parti.

Sa candidature à un troisième mandat controversé en 2015 avait plongé son pays dans une grave crise politique, qui avait fait au moins 1.200 morts et poussé à l'exode quelque 400.000 Burundais.

AFP

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