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Des militaires français forment des médecins gabonais dans leur guerre contre le coronavirus

Diabétique, Monsieur Alphonse, 55 ans, vient d'être admis aux urgences d'un hôpital de Libreville. Le patient gabonais est déshydraté, souffre de troubles digestifs et est en détresse respiratoire.

"Qu'est ce que l'on suspecte ?", lance le médecin-capitaine français Dominique Puidupin à une quinzaine de soignants gabonais alignés devant elle.

"Un malade du Covid-19", répondent en choeur les blouses bleues qui s'activent pour mettre sous oxygénation Monsieur Alphonse, couché sur un brancard. "Attention ! Le patient +désature+, il passe en dessous de 90% et sa fréquence respiratoire au dessus de 30", lâche l'urgentiste française en treillis. Un vent de panique souffle dans la pièce...

M. Alphonse n'est qu'un mannequin en silicone, mais le personnel médical gabonais, qui s'entraîne à sauver les malades gravement atteints par le nouveau coronavirus, prend l'exercice très au sérieux.

Depuis mi-avril, 55 médecins et une centaine d'infirmiers et paramédicaux sont formés à Libreville par des médecins des armées française et gabonaise aux techniques de réanimation spécifiques au Covid-19.

A l'origine de cette formation express, le médecin-général français Alain Puidupin, directeur des études de l'Ecole d'application du service de santé militaire de Libreville (EASSM), établissement phare de la coopération militaire entre le Gabon et la France.

Soixante ans après son indépendance, Libreville entretient toujours des liens très forts avec Paris.

- "Réagir vite" -

D'ordinaire, l'établissement forme chaque année une trentaine de médecins venus de toute l'Afrique à la médecine de guerre. Pour cela, l'école dispose de professeurs qualifiés, mais surtout d'un plateau de simulation permettant de s'exercer dans des conditions proches du réel, un équipement rare sur le continent.

Très vite, "on s'est dit que l'école pouvait servir de soutien dans la lutte contre le coronavirus", explique le général Puidupin qui, avec l'appui du ministère de la Santé gabonais et un financement de l'Agence française de développement (AFD), a mis sur pied cette formation spéciale en quelques semaines à peine. "Dans une guerre, il faut pouvoir réagir vite", assène-t-il.

La guerre, le général Puidupin la connaît bien. Après 39 années à servir comme médecin des armées sur les opérations extérieures de la France, de la Yougoslavie à l'Afghanistan en passant par le Liban ou le Tchad.

Alors, dans celle contre le coronavirus, son épouse et lui, au Gabon depuis près d'un an, se sont "immédiatement mobilisés".

"Face à une crise qui risque de durer, il faut augmenter le volume des troupes capables de combattre ce virus", avance le général français, détaché auprès du ministère gabonais de la Défense.

"Ici, nous formons du personnel soignant qui va assister les réanimateurs gabonais. Des auxiliaires sur lesquelles ils pourront se reposer", explique-t-il. Car il ne suffit pas d'acquérir du matériel, comme des respirateurs, "il faut des professionnels capables de les utiliser", ajoute-t-il.

- Population à risque -

Le Gabon compte une trentaine de médecins réanimateurs pour 2 millions d'habitants, selon des sources concordantes. 

Si ce pays d'Afrique centrale est encore relativement épargné par le coronavirus - avec officiellement plus de 1.500 cas dont 12 morts au 20 mai - les structures hospitalières sont déjà sous tension, et il prévoit d'atteindre le pic de l'épidémie courant juin. Actuellement, 5 malades du coronavirus sont en réanimation, selon les autorités.

La population est jeune, la moitié des habitants a moins de 25 ans, mais de nombreux Gabonais souffrent de diabète et d'hypertension, et sont donc plus susceptibles de développer des complications sévères du coronavirus.

C'est le cas de Madame Rose, l'autre mannequin, qui n'arrive plus à respirer et qui a besoin d'être intubée.

Armé d'un laryngoscope, le médecin généraliste Manguiya, 29 ans, se penche au-dessus de la cavité buccale pour y introduire une sonde d'intubation.

"Tiens-toi plus loin, en arrière et le bras tendu, tu es trop près, tu risques d'être contaminé", ordonne le lieutenant-colonel Raphaël Okoué Ondo, instructeur et anesthésiste-réanimateur.

"Nous devons délivrer les meilleurs soins possible tout en prévenant une potentielle contamination", explique l'officier gabonais qui a coréalisé le projet avec le général Puidupin. Par exemple, apprendre "à nos élèves à s'habiller et s'équiper correctement avec le matériel de protection", ou encore "à intuber différemment", ajoute-t-il.

Car médecins et infirmiers courent dix fois plus de risques d'être infectés que les autres, affirme le général Puidupin. Deux médecins et un infirmier figurent parmi les 12 personnes décédées au Gabon.

Et lorsqu'ils passeront de Monsieur Alphonse et Madame Rose à des patients bien réels, il faudra "du personnel médical formé, mais surtout en bonne santé", martèle le militaire français.

AFP

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