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Dans l'Est de la RD Congo, le Covid-19 est une menace parmi d'autres

La pandémie de coronavirus est venue s'ajouter à la liste déjà longue des menaces sanitaires et des conflits armés dans l'est de la République démocratique du Congo où les mesures restrictives compliquent un peu plus le travail des humanitaires.

Au total, l'Est de la RDC a enregistré 21 cas de Covid-19, soit très peu par rapport à la capitale Kinshasa (1.594) à 2.000 km de là.

"La crise du Covid-19 ne doit pas nous faire oublier les atrocités qui se poursuivent", a prévenu mardi le gynécologue Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018, lui-même à la tête des équipes de prise en charge dans le Sud-Kivu.

Près de 300 civils ont été massacrés depuis mars en Ituri, où les violences d'un groupe armé ethnico-mystique ont provoqué le déplacement de 200.000 personnes d'après l'Agence des Nations unies pour les réfugiés. 

Au Nord-Kivu, 15 personnes ont été tuées en 48 heures dans la région de Beni, fief des redoutables Forces démocratiques alliées (ADF).

Onze petits groupes armés actifs dans le territoire de Lubero ont bien déclaré lundi "l'arrêt immédiat des hostilités", mais sans faire allusion au virus. "Nous sommes prêts à déposer les armes", a aussi répété le chef de guerre Guidon, dans une vidéo en costume avec un masque.

Dans le Sud-Kivu, l'armée congolaise observe une "accalmie" dans le conflit entre des communautés locales et les Banyamulenge, des éleveurs tutsi Congolais aux lointaines origines rwandaises.

- Sensibiliser par téléphone -

Et dans le Tanganyika, la même armée congolaise est "en alerte" en raison d'un différend frontalier avec la Zambie.

"Le mois de mars 2020 a été l'un des mois les moins meurtriers pour les civils depuis le début de nos relevés (47 morts enregistrés, contre 88 en moyenne)", résume un expert du Baromètre sécuritaire du Kivu (KST), qui traque les violences dans les deux provinces du Kivu depuis 2017.

"Mais depuis, les violences ont repris (85 civils tués) et le nombre d'affrontements en avril est même plus élevé que la moyenne avec 60 affrontements au cours du mois contre 51 en moyenne", ajoute-t-il.

"Non, les conflits ne s'arrêtent pas avec les épidémies", affirme une porte-parole du Comité international de la Croix-rouge, Fatima Sator. 

"L'épidémie de coronavirus vient s'ajouter à la longue liste de problèmes déjà existants : plusieurs conflits armés, d'autres épidémies comme la rougeole, le choléra, Ebola, le paludisme, et une très grande difficultés d'accès aux soins pour les populations", résume-t-elle.

"Nous continuons nos actions à l'Est mais en nous adaptant aux mesures de prévention", ajoute le CICR. "Par exemples nous poursuivons nos séances de sensibilisation avec les groupes armés. Avant, nous le faisions lors de rencontres avec les acteurs concernés, mais aujourd'hui nous les sensibilisons au téléphone".

"Le coronavirus ne doit pas mettre en péril la réponse aux autres urgences sanitaires", prévient l'ONG Médecins sans frontières (MSF), engagé contre la Covid-19 mais aussi contre Ebola et la rougeole.

Des responsables de l'ONG s'inquiètent de l'afflux de déplacés internes en Ituri.

- "Les marchandises passent" -

"Je ne pense pas que le Covid-19 soit la première inquiétude pour ces personnes-là. Ils ont des abris de fortune, voire pas d'abri du tout, pas de douche, pas assez de latrines" selon Avra Fiala, chargé de communication de MSF.

La province du Nord-Kivu a rétabli mercredi matin des mesures restrictives (isolement et couvre-feu nocturne à Goma) avec la réapparition de nouveaux cas. 

Le gouverneur avait levé ces mesures il y a quelques semaines avec la guérison des premiers cas.

Les trois provinces orientales (Ituri, Nord-Kivu, Sud-Kivu) vivent à l'heure de la fermeture des frontières avec les pays voisins (Ouganda, Rwanda, Burundi).

Bloqués au Burundi, plusieurs centaines de Congolais ont tout de même pu rentrer mardi dans leur pays, avant l'élection présidentielle de mercredi dans le "petit pays".

"Les frontières sont fermées pour les personnes, mais les marchandises passent", affirme un responsable de la Direction générale des Migrations (DMG) à l'un des deux poste-frontaliers avec le Rwanda à Goma.

Cette importation de marchandises du Rwanda est vitale pour contenir la flambée des prix de la viande à Bukavu : "Avec la fermeture de frontières, le prix d'une vache avait grimpé de 500 à 600 dollars jusqu'à 800 voire 900 dollars", témoigne Dieudonné Byaombe, chef de l'abattoir Elakat.

"Depuis le 11 mai, nous accueillons par jour trois à quatre camions remplis de vaches en provenance du Rwanda comme par le passé. Nous respirons avec ces mesures d'assouplissement", ajoute-t-il. Une lutte contre la hausse des prix d'autant plus vitale que le franc congolais chute par rapport au dollar (1.900 pour un dollar).

AFP

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